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SUBLET de NOYERS
François Sublet Seigneur des Noyers, Baron de DANGU
Sublet de Noyers, homme Politique
François SUBLET de NOYERS (1) est né à Blois en 1563 selon Ranum (2), 1588 selon Pillorget (3) ou 1578 selon Michaud Poujoulat (4). La date de 1588 est la plus vraisemblable, car il est le cinquième enfant issu du mariage de ses parents en 1583.
Son père, Seigneur de la Guichonnière était Secrétaire du Roi et Maître des Comptes de Paris. D’une grande dévotion, il embrasse les ordres au couvent des Chartreux de Paris et meurt à l’âge de 82 ans.
Le 8 octobre 1623, François est nommé maître de l’office de Conseiller « notaire » et Secrétaire du Roi du Collège des cinquante quatre (5) après abandon de l’office par Nicolas le Pelletier. Il garde le poste jusqu’au 25 mai 1633 qu’il abandonne à son tour à maître Pierre Roussel.
Remarqué par le Sieur Champigny, il devient alors Grand Maître de l’Etat auprès de celui-ci qui détient la charge de surintendant et contrôleur général des finances.
Il s’acquitte si bien de cet emploi qu’il est promu Intendant des finances en 1624 (ou 1628 selon d’autres sources). Il se lie d’une amitié très étroite avec Monsieur de Feuquiers qui est un ami très particulier du Père Joseph. Appréciant sans mesure ses états de service, tous deux se joignent pour le mettre dans les bonnes grâces de Monsieur le Cardinal de Richelieu. Le Père Joseph, conseiller particulier, le garde en grande estime et ce jusqu’à sa mort, survenue le 18 décembre 1638 dans son pavillon du Château de Rueil.
Pour sa part, il possède une résidence à Rueil au 32, rue du Château. Jusque dans les années 80 encore, les anciens ruellois pouvaient voir la grille d’entrée flanquée de deux puissants montants. La situation est d’ailleurs judicieusement choisie, à mi-chemin entre le Louvre et Saint-Germain-en-Laye, à deux pas des jardins du château . Sa présence indispensable auprès de ses protecteurs et néanmoins sporadique, les affaires de l’Etat l’appelant souvent en d’autres lieux.
Il a enfin l’occasion de s’employer à temps complet au service de l’Etat en remplacement de Monsieur Abel Servien après que celui-ci ne tombe en disgrâce, victime des intrigues de Monsieur de Chavigny et de Claude de Bullion (6), l’accusant de suffisance et de malversations.
Il hérite par la même occasion du Secrétariat d’Etat avec le département de la Guerre (7). Louis XIII lui accorde cette charge gratuitement, en ces termes : « Donnons et octroyons la charge et office de nostre conseiller en nos conseils et secrétaire de nos commandements et finances qu’il voulait tenir et exercer ; le Sieur Servien qui s’en est volontairement desmis en nos mains et dont il est tenu de fournir acte de démission dans le temps ».
Dès le lendemain, le Sieur de Noyers prête serment entre les mains du Roi. Il est accueilli par le Sieur de Loménie, autre Secrétaire d’Etat (8).
Quant à Monsieur Servien, il reçut une indemnisation sur les deniers de l’épargne.
Outre la passation de pouvoir dont bénéficie le Sieur de Noyers, Madame de Luxembourg lui cède la Seigneurie de DANGU en Normandie qu’elle avait acquise auparavant des mains du Roi.
Le 4 décembre 1642, marque un tournant décisif dans sa carrière politique. Monsieur le Cardinal de Richelieu, depuis longtemps malade, s’éteint dans ce qui était encore le Palais Cardinal (9). Le Sieur de Noyers, privé de son mentor, se sent abandonné du Roi dont la volonté versatile l’inquiète. Très affecté, il se résout à demander son congé et de ne plus s’occuper des affaires de la Cour.
Mis à l’index de fait, à sa demande, il quitte rapidement Paris et Ruel pour se réfugier dans son domaine normand de Dangu (10). Abattu, il refuse de recevoir ses amis. Il s’enferme dans sa solitude, ne trouvant la paix qu’en expurgeant de sa pensée les prévarications de la Cour.
Voici en quels termes, la Grande Mademoiselle (11), fille de Gaston d’Orléans, relate cet événement : « Après la mort du Cardinal de Richelieu, le Roi alla à Saint-Germain-en-Laye et remit le maniement des affaires au Cardinal Mazarin et eut pour conseils avec lui Messieurs de Chavigny et de Noyers. Ce dernier ne garda pas longtemps sa place ; les deux autres, qui avaient toujours eu une extrême jalousie de sa faveur pendant la vie du Cardinal de Richelieu, se trouvèrent en parfaite intelligence et conspirèrent sa perte. De Noyers, pour une légère mortification que ces Messieurs lui suscitèrent adroitement, demanda son congé et le Roi le lui accorda ».
Le Roi pris au dépourvu, s’en remis à Mazarin pour lui chercher un remplaçant. Louis XIII tenait en effet, en haute confiance, ce Mazarin fraîchement naturalisé (avril 1639) qui gagne les Princes de Savoie à la cause française. Ce dernier, fort de son accession à la plus grande instance sacerdotale (il reçoit le chapeau de Cardinal en 1641), accepte au titre de Principal Ministre de l’Etat (12) de s’occuper de ce remplacement.
Peu enclin à souffrir les interminables tergiversations du Sieur de Noyers, il se tourne vers Monsieur Le Tellier en charge de l’Intendance de la Justice au Piémont et qu’il avait connu en Italie. Jugeant qu’il était capable de remplir les fonctions du Sieur de Noyers, il le propose au Roi qui en est satisfait.
Monsieur Michel Le Tellier, Seigneur de Chaville (1603-1685), Marquis de Barbezieux, proche de Mazarin est appelé à la Cour. Le congé que le Sieur de Noyers avait exprimé vouloir, lui fut alors exigé. Mais entre temps, ce dernier trouve des excuses pour retarder l’échéance, ce qui impatiente le Roi qui envoie à Monsieur Le Tellier une commission pour exercer la charge de Secrétaire d’Etat à Saint-Germain-en-Laye le 13 avril 1643 et qui prête serment dès le 4 mai 1643.
Dix jours après, le Roi déjà très affaibli, décède. Cela provoque un bouleversement considérable dans le monde des affaires. Ceux qui de son vivant avaient été éloignés de la Cour, refirent surface et en partie retrouvèrent une charge. Le Sieur Sublet de Noyers écrit à la Reine Régente et à Monsieur le Cardinal Mazarin. Il quitte Dangu pour Paris, afin de proposer son retour aux affaires de l’Etat, désireux qu’il était de continuer son terme de Principal Ministre, au service du Roi Louis XIV.
Cette nouvelle orientation ne lui concilie pas les faveurs des nouveaux ministres qui, défiants, persévèrent dans leur demande de démission écrite. Ce qu’il refuse opiniâtrement. Devant tant d’obstination, le Cardinal Mazarin propose au nouveau Président Mole, d’indemniser le Sieur de Noyers pour services rendus et connaissant sa dévotion, lui offre en témoignage de la bonne volonté de la Reine, l’archevêché de Aix pour servir Dieu le restant de ses jours.
Sublet de Noyers fit la sourde oreille jugeant qu’il était lésé dans ses intérêts par rapport à Monsieur de Chavigny (13) qui avait selon lui reçut une juste récompense. Durant quelques temps, il se tint à l’écart de la Cour. La Reine commande alors de ne plus tenir compte de ses exigences et de considérer sa démission comme acquise de fait et, donc superflue. Cette décision arrêtée, le Sieur le Tellier reçoit par lettre du mois d’avril 1645, l’office de Secrétaire d’Etat laissé vacant par la démission volontaire et verbale de son prédécesseur.
Le Sieur Sublet garde néanmoins l’espoir de tirer du Sieur Le Tellier une quelconque libéralité en compensation de ses services. Mais la mort le surprend dans sa retraite de Dangu, le 20 octobre 1645, avant d’avoir pu négocier ses charges.
Après la charge de Secrétaire d’Etat dont il fut dépossédée, il laisse derrière lui, les charges d’Intendant des Bâtiments du Roi et de Concierge (14).
Ainsi, s’achève le destin politique de celui que l’on surnomma le « Jésuite Galoche » pour sa dévotion excessive et que pour sa part, Louis XIII appelait avec un brin de condescendance, le « Petit Bonhomme ».
Sublet de Noyers, homme de culture
Alors que la guerre de trente ans fait rage, François Sublet de Noyers surintendant des bâtiments du Roi depuis 1638, lance une politique artistique ambitieuse pour affirmer la grandeur de la France face à ses puissants voisins Habsbourg.
Mais il y a en face de lui, un Roi qui n’est pas vraiment le mécène rêvé en matière d’art.
Certes, il subventionne des œuvres de charité et des édifices religieux, car il est pieux et profondément catholique, mais les guerres et les révoltes intérieures pèsent sur le budget de l’Etat.
Il lui faut donc composer, et encourager par Richelieu, il cherche l’appui de ses cousins Roland Fréart de Chambray et de Paul Fréart de Chantelou, pour attirer à la cour de France, les plus grands peintres résidant à l’étranger.
Roland Fréart de Chambray, figure marquante de l’administration des arts en France dans les années 1636-1645, participe activement à des missions en France et en Italie pour valoriser et illustrer la magnificence du Roi et de l’Etat.
Après de méticuleuses recherches dans le domaine des arts plastiques et de la peinture, il se consacre à la rédaction d’ouvrages qui contribuent à une quasi-révolution. Polémiste, il apparaît comme l’initiateur des grands traités architecturaux de la renaissance française. Il rédige un recueil des plus beaux ordres antiques et modernes à l’usage des architectes sous le titre de « Parallèle de l’architecture ancienne et de la moderne ». Ce recueil ne sera publié qu’en 1650 à Paris, chez Edmé Martin (15), bien après la mort de François Sublet de Noyers, son commanditaire. Il prône sans ambage la supériorité des anciens sur les modernes.
Fréart de Chambray n’eut pas le temps de mettre concrètement en œuvre l’architecture « régulière » préconisée par François Sublet de Noyers.
On peut néanmoins signaler comme un véritable manifeste l’église du Noviciat des Jésuites, rue du Pont-de-Fer à Paris (détruite au début du XIXème siècle), subventionné entièrement sur les deniers de François Sublet. Cet édifice était devenu l’emblème de la nouvelle architecture « régulière », de l’austère et dévot surintendant. Sa disparition en 1645 balaie définitivement le clan Fréart (Edition critique établie par Frédérique Lemerle – CNRS, Tours, 2006). Elle interrompt également avec brutalité l’activité de la coterie dite des « intelligents » dont Fréart avait été le porte-parole, sans qu’il ait eu le temps de réaliser concrètement l’œuvre architecturale promue avec le nouveau chantier du Louvre et la Fontaine des Saints Innocents qu’il s’était plu à présenter au Bernin.
Mais la politique artistique ambitieuse de Sublet de Noyers ne s’arrête pas à l’architecture. Dès qu’il prit en charge la lourde tâche de surintendant des bâtiments royaux, il entreprend d’effectuer une commande de fresques à la demande de Richelieu pour la grande galerie du Louvre.
Pour cela, il lui faut un peintre de renom et salon lui, plutôt une équipe, vu l’énormité des travaux. Le Cardinal Richelieu accepte et incite vivement Sublet à faire appel à Nicolas Poussin. C’est avec enthousiasme que Sublet s’exécute car il voit en lui, un grand peintre de cour.
La célébrité naissante du peintre, il la doit aux tableaux envoyés au Cardinal Richelieu par le Cardinal Barberini qui jouit de la protection de Mazarin.
Pour l’heure, il séjourne à Rome et Paul Fréart de Chantelou, maître d’hôtel de Louis XIII est chargé de mission pour le ramener à Paris.
François Sublet de Noyers discerne clairement l’influence exagérée des artistes qui ne pensent qu’à l’Italie et crée ainsi un vide dans la sphère artistique de la peinture française. Il juge qu’il est temps de mettre un terme à cet exode.
Mais l’affaire n’est pas chose facile et devant les hésitations de Nicolas Poussin, Sublet lui lance une supplication nouvelle, appuyée par une lettre de Louis XIII, qui n’occasionne toutefois qu’une promesse.
Un an se passe avant que Paul Fréart de Chantelou se décide de se rendre à Rome, sans autre viatique que l’intérêt manifesté par Sublet à son encontre. A force de patience, il finit par convaincre le peintre.
Fin 1640, il est enfin reçu par le Roi, le Cardinal de Richelieu et Sublet de Noyers. Dans une lettre du 9 janvier 1641, il décrit l’accueil chaleureux du premier, l’attitude affable du second qui « l’embrasse, le tient par la main ». Le 20 mars 1641, avec l’appui de Sublet, il est promu premier peintre ordinaire du Roi, aux gages de 1000 écus par an.
Aussitôt, les commandes pleuvent :
- de Saint-Germain-en-Laye, pour les chapelles du château (Jésus Christ instituant le sacrement de l’Eucharistie) déposées au Musée du Louvre
- de Fontainebleau
- pour la Grande Galerie du Louvre (bas-reliefs des travaux d’Hercule)
- pour les Gobelins (huit cartons sur l’ancien testament)
- pour le Cardinal de Richelieu enfin, deux tableaux d’autel et deux vastes toiles allégoriques.
Mais, il refuse catégoriquement de faire l’effigie des Rois et des Reines.
Entre temps, Louis XIII le surcharge de travaux divers, empêchant l’artiste de mener à bien sa grande entreprise.
Bien plus à l’aise dans les toiles de petites dimensions où sa sensibilité s’efforce de traduire les émotions et les sentiments ressentis par chaque acteur, il ne convainct pas forcément tout le monde dans l’exercice des grands décors allégoriques que l’on attendait de lui.
La corde est brisée, l’élan des premiers jours s’émousse, malgré les encouragements de Sublet de Noyers et de Paul Fréart de Chantelou avec qui il entretient une correspondance suivie, riche en enseignement sur l’existence et sa façon de travailler au cours des années à venir.
Finalement dégoûté, il jette l’éponge dans une lettre du 20 septembre 1941. Il en profite pour critiquer ouvertement Jacques Lemercier (16). Et comme si cela ne suffisait pas, il prend à parti le peintre paysagiste Boron Fouquières, jaloux de sa notoriété et vexé de n’avoir pas obtenu la commande du décor de la galerie du Louvre.
Lassé par les cabales de ses rivaux, et victime des agissements de l’intellect parisien et notamment de Simon Vouet, il décide de regagner Rome en novembre 1642.
Il ne reste de lui que l’ébauche de l’histoire d’Hercule peinte en grisailles.
Edouard SUITA
- Sublet des Noyers – Sur la reproduction d’une lettre visible au musée historique de Rueil-Malmaison, la signature de la main même du sujet est Sublet de Noyers.
- Les créatures de Richelieu. Paris 1966
- France baroque, France classique, Robert Laffont 1955
- Biographie universelle ancienne et moderne Tome XL
- Sous Louis XIII, l’état royal était divisé en conseils :
- Conseil des finances
- Conseil d’état
- Conseil des parties, compétent en matière juridique
- Conseil du Sceau
- Conseil du Roi ou Conseil d’en haut (le seul auquel le Roi assistait)
- L’importance de ce poste remonte en 1630, qui vit l’affrontement du royaume de France et des Habsbourg. (Olivier Chosalaud, Abel Servien, Secrétaire à la Guerre 1630-1636, mémoire de maîtrise, Paris, 1966) « …qui lui a eté par nous prescrit pour le dict office avoir tenir et dorénavant exercer etc.. » Lettre de provision signée et datée du 16 février 1636.
7) Ministre des finances puis Garde des Sceaux, voisin de Sublet à Rueil.
8) Collège des Secrétaires du Roi, sous Louis XIII, en 1641 furent adjoints 46 nouveaux membres créés par édit spécial, ce qui porta le nombre à cent douze, tous attachés à la Grande Chancellerie de France.
- Depuis, le « Palais Royal » après l’installation d’Anne d’Autriche et de son fils, futur Louis XIV.
- Dans l’Eure près de Gisors
- Mémoires de Mademoiselle de Montpensieur (chapitre 2) rédigés de 1637 à 1643.
- Le 5 décembre 1642, au lendemain de la mort du Cardinal de Richelieu.
- Claude Bouthillier, Sieur de Fouilletourte, Comte de Chavigny, remercié par Anne d’Autriche après la mort du Roi.
- Dans l’ancien régime, avait valeur de Conservateur de Fontainebleau. Une partie de ces dernières furent mises à la disposition du Sieur de la Boissière, son propre fil
15) Stanic Milouan (édition scientifique) Paris, Ensba, 2005
16) l’un des architectes du Palais du Louvre, du château de Richelieu et de nombreux autres ouvrages
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