RUEIL À L’ÉPOQUE ROMANTIQUE
Par un coup de baguette magique, essayons de nous imaginer l’aspect de Rueil que nos arrière-grands-parents ont connu autour des années 1840, lorsque débarquant à la gare nouvellement construite, après un voyage qui prenait les allures d’une véritable expédition, ils arrivaient au bout de l’actuelle avenue Albert 1er, serpentant à travers champs depuis le bourg distant d’un bon quart de lieue.
Une lithographie de 1846 nous montre ce chemin champêtre où l’on voit un paysan gardant ses vaches tandis qu’un chasseur, suivi de son chien, est précédé de quelques voyageurs qui préfèrent aller à pied plutôt que de prendre la patache à 15 centimes le trajet Gare-Rueil-Ville.
L’aspect rural du bourg met en évidence l’importance de la caserne, construite sous Louis XV, semblable à celles de Saint-Denis et de Courbevoie.
Des maisons se pressent autour de l’église, alors qu’une haute cheminée nous révèle l’activité d’une fabrique de glucose, proche de celle d’un tissage d’étoffes de laine, dites de santé, et spécialisé dans la confection des bonnets « à la grecque », comme en portaient chez eux nos grands parents.
L’agglomération ruelloise est dominée par les hauteurs du Mont Valérien et de Buzenval ; un moulin à vent y dresse sa silhouette ailée au-dessus des pentes qui nourrissent quatre cents hectares de vignes produisant deux mille quatre cent hectolitres de vin.
En 1841, près de 4.000 habitants vivent pour la plupart dans d’étroites rues dont les maisons commencent à être mieux construites, le rez-de-chaussée étant surélevé pour éviter l’humidité des cours où s’entasse le fumier qui sert à engraisser les terrains maraîchers et les champs qui entourent le bourg.
Les légumes sont envoyés aux marchés de Paris, où les asperges sont disputées à celles d’Argenteuil, alors que les pommes de terre vont alimenter une féculerie installée près du pont de Chatou.
Dans les prés et les friches s’ébattent 300 chevaux, 120 vaches et 200 moutons.
Des messiers, choisis chaque année par les cultivateurs pour garder leurs récoltes, sont habilités à dresser des procès-verbaux. Le garde champêtre leur prête main-forte le cas échéant tandis que le deuxième adjoint fait office de commissaire de police.
Les habitants sont bons pères et bons époux, mais manquent cependant de confiance envers ceux qui leur veulent du bien, et l’intérêt matériel prime chez eux celui de l’intelligence et de l’âme. Ils négligent ainsi l’éducation religieuse et l’instruction de leurs enfants que l’on envoie aux champs tout l’été, plutôt qu’à l’école qui ne coûte pourtant que 3 francs par mois.
Cette carence d’instruction fait commettre à nos gens bien des fautes de syntaxe, les analphabètes sont nombreux, tous gardent l’accent de leur terroir, bien que depuis le 1er Empire, les relations plus fréquentes avec la capitale aient commencé à dégrossir nos villageois.
Comme à Boulogne, l’industrie du blanchissage, due aux sources qui surgissent partout, est si importante que 6 maîtres blanchisseurs y occupent 400 ouvrières.
Avant l’école communale, les tout-petits son accueillis dans une salle construite dans le jardin de la mairie, grâce aux libéralités du Prince Louis Napoléon, dont la mère, la reine Hortense, et sa grand-mère, l’impératrice Joséphine, reposent dans l’église.
La mendicité a complètement disparu de la commune, grâce à la création d’une Maison des Pauvres dont s’occupent avec dévouement des dames d’œuvres et au Comité de Bienfaisance, appuyé par le Bureau de Charité.
Le démembrement du domaine de Malmaison a facilité la construction de petites demeures entourées de très beaux arbres, vestiges du parc de l’Impératrice.
Le château de Richelieu, rebâti et transformé par le maréchal Masséna, caché par ses magnifiques frondaisons, est accompagné de quelques maisons naguère habitées par les grands officiers de l’Empire, certaines ayant disparu pour permettre la percée de voies nouvelles.
On trouve ainsi à Rueil une bonne quinzaine de propriétés arrosées d’eaux vives et une centaine de maisonnettes rustiques que leurs occupants préfèrent à celles du bourg qui manque trop de promenades et de rues aérées.
La nomenclature des habitants ne serait pas complète s’il n’y était pas fait mention du notaire, de l’huissier, de l’avocat, des deux hommes d’affaires et des deux médecins…Bien que l’on recense encore 215 fours à pain chez les particuliers, il y a cependant cinq boulangers. La branche de sapin sert d’enseigne à six aubergistes chez qui l’on peut boire du vin de pays, tandis qu’élégance suprême, Rueil possède une trentaine de tailleurs !
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