LA PLUS ANCIENNE PHARMACIE DE RUEIL
Histoire et Pharmacie. Quelle curieuse juxtaposition allez vous penser ! Mais non ! la seconde est étroitement liée à la première.
Si l’histoire devient de plus en plus l’étude de la vie, de l’environnement, des mœurs, de l’évolution morale et artistique de nos ancêtres, plutôt que de leurs tribulations guerrières, la pharmacie, comme tous les métiers, est un témoin de première importance. Le mot latin « Potio » peut se traduire de trois façons : boisson, potion, et poison. Trois entités qui au cours des siècles ont été souvent confondues ou…mélangées volontairement, ce qui eut pour conséquence la disparition soudaine de grands personnages et une influence sur le cours de l’histoire.
Qu’était donc cet apothicaire d’autrefois ? La tradition et l’imagerie populaire nous montrent un homme âgé, barbu, lisant d’énormes grimoires et surveillant du coin de l’œil l’ébullition ou la dessiccation de diverses drogues dont la peu ragoûtante énumération aurait dû suffire à guérir instantanément les malades.
L’officine était généralement sombre, le mobilier en chêne sculpté, en noyer ciré parfois peints en noir. Les rayonnages, qui n’étaient pas encore envahis par les spécialités, supportaient des bocaux de verre, aux étiquettes latines, entourées d’or, enfermant des poudres ou des plantes, des pots en porcelaine ou faïence décorée qui contenaient des pommades, des extraits, des résines. Tout cet ensemble parois de grande valeur artistique constituait l’enseigne du pharmacien, au même titre que les grosses bouteilles de verre contenant des liquides colorés qui, dès la nuit tombée envoyaient sur le trottoir des lueurs rouges, vertes ou jaunes. Ajoutons-y une odeur spéciale, indéfinissable mais toujours présente, inconnue de jeunes narines.
Rueil il y a deux siècles était un gros village entouré de bois, de pâtures et de vignes. Toute la vie sociale et commerçante se concentraient autour de l’église. C’est pourquoi au numéro 14 de cette place dans la maison qui fut le corps de garde des officiers de la suite de l’Impératrice, puis la Mairie de la ville, Etienne Bataille, pharmacien, ouvrit son officine en 1818. Depuis cette date et jusqu’au titulaire actuel, 10 pharmaciens s’y sont succédé, bel et rare exemple de continuité professionnelle et qui prouve que l’emplacement choisi était le bon. Je ne les citerai pas tous, mais certains méritent une mention particulière. Jean Fialon exerce de 1837 à 1860, son fils Charles Henri Fialon de fin 1871 à 1908.
En 1871 eut lieu la bataille de Buzenval, dernier sursaut de l’armée de Paris. Les blessés affluent. Charles-Henri tout juste rentré de l’armée de l’Est organise dans sa pharmacie et quelques maisons bourgeoises des postes de secours. Les blessés y sont pansés et transportés à l’Hôtel de Ville ou un médecin de la ville, le docteur Launay a installé un hôpital.
C’est pourquoi nous avons à Rueil une rue du Docteur Launay et une rue Fialon
La paix revenue, Charles Henri Fialon s’installe à la pharmacie et en 1908, après fortune faite, comme on disait alors, vend à Henri Masson et se retire à Paris. Là, il peut tout à son aise se livrer à son violon d’Ingres ; la recherche des vielles faïences pharmaceutiques et de tous les objets se rapportant à l’art de guérir.
Revenu à Rueil, il y meurt en 1931 à l’âge de 85 ans. Il lègue sa très belle collection à l’école de pharmacie de Paris où elle occupe une pièce nommée Musée Fialon.
Jean Fricotel titulaire de la pharmacie de 1925 à 1966 était une figure connue de tous. En 41 ans d’exercice, il avait acquis la notoriété, il était le pharmacien type. À sa mort en 1966, son fils Henri Fricotel lui succède. Il modernise sa pharmacie tout en lui gardant le plus possible un cachet ancien. Puis il a l’idée et le courage de fêter le cent cinquantième anniversaire de sa pharmacie en organisant une exposition rétrospective. Après un énorme travail de préparation les 16, 17, et 18 novembre 1968, la pharmacie est fermée aux malades et ouverte aux visiteurs. Au rez-de-chaussée étaient exposés quantités d’objets anciens servant à la puériculture, à la pharmacie, à l’art de guérir. Au 1er étage, de grands panneaux avec texte et gravures montraient la préparation des médicaments usuels, l’homéopathie, des planches en couleur montraient les plantes médicinales courantes et dangereuses.
Dans une salle réservée à la pharmacie militaire, on pouvait voir des médailles, des trousses de campagne et trois uniformes différents de pharmaciens militaires.
En plus de nombreuses notabilités du monde pharmaceutique, près de 3.000 ruellois ont défilé, regardant, admirant, demandant des explications et sont repartis enchantés avec le sentiment d’avoir appris quelque chose.
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