LA LOGE MAÇONNIQUE « LES FIDÈLES D’HIRAM »
DE RUEIL-MALMAISON
Nul ne sait ce qui a déterminé les fondateurs de la loge maçonnique de Rueil , « Les fidèles d’Hiram », à choisir ce titre distinctif. Hiram Abi, personnage biblique, a une réalité historique incertaine. Certes ! son nom est cité à plusieurs reprises dans la Bible, dans les passages concernant la construction du temple par le roi Salomon, mais ces passages donnent que peu de détails sur sa personnalité, hormis qu’originaire de Tyr, il est « habile, intelligent, expert à travailler l’or, l’argent, le bronze, le fer, la pierre, le bois, l’écarlate, l’hyacinthe, le cramoisi » et qui « sait faire toutes sortes de sculptures et imaginer toutes sortes d’objets d’art qu’on lui donne à faire ». De fait, sa seule œuvre citée dans la Bible est la fonte des colonnes dressées au portique du Temple de Salomon, avec leur décoration.
On a du mal à retrouver dans ces textes, le modèle d’un grand architecte, organisateur de chantiers, mais l’exécution des œuvres qui lui sont attribuées montre néanmoins qu’il savait les concevoir et manier tous les outils nécessaires à leur réalisation. Ce sont là, pour les francs-maçons, les qualités essentielles qui permettent le progrès. Cette notion de progrès, à laquelle les francs-maçons sont très attachés, a probablement pesé dans le choix du titre distinctif de la loge de Rueil par les fondateurs. Légende sans véritable fondement historique, le mythe d’Hiram est devenu le mythe le plus constant et le plus permanent chez les francs-maçons. Nous devons y voir la source de l’adaptation permanente de la réflexion et de l’action des francs-maçons, basée sur l’exemple d’Hiram. Et cela dure à Rueil-Malmaison, malgré les vicissitudes inhérentes à une aussi longue durée, depuis cent quatre-vingt-quatre ans.
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1824. C’est au cours de cette année que quelques francs-maçons s’organisent pour créer à Rueil une loge maçonnique, dont l’allumage des feux a lieu en décembre.
Cette année-là ne compte guère de faits marquants, autres que la mort de Louis XVIII et la montée sur le trône de Charles X. Ce dernier a maintenu le ministère « ultra » de Villèle. Mais depuis cette époque, une certaine effervescence est dans les esprits sur les plans politique, littéraire, artistique, scientifique et technique. Le gouvernement rencontre une opposition croissante, réunissant les républicains, les libéraux, les bonapartistes et la droite modérée. Dans les Lettres et les Arts, c’est l’explosion du romantisme. Les découvertes et les inventions, dues aux progrès de la science, permettent l’apparition et le développement de techniques nouvelles, comme les chemins de fer, les navires à vapeur, l’éclairage public au gaz, et qui vont modifier les modes de vie.
A la période où les « Fidèles d’Hiram » allumaient leurs feux, d’autres loges se créaient en France et dans les colonies, voire à l’étranger. Cela donne l’apparence d’un grand dynamisme maçonnique ; c’est vrai, mais l’âge d’or que la franc-maçonnerie avait connu sous le Premier Empire est passé. Les francs-maçons, qui ont toujours, en dépit de moments de lassitude, voué un réel culte à Napoléon, ont vu alors leur activité surveillée, soupçonnée de sentiments anti-royalistes. Les profanes étant dissuadés d’adhérer à la franc-maçonnerie, le renouvellement des effectifs s’affaiblit. Ainsi la loge de La Bonne Foi, à Saint Germain en Laye, à qui le Grand Orient de France avait demandé d’installer des loges dans le département de Seine et Oise, n’avait pu y procéder à Meulan, le préfet s’y opposant, prétendant qu’il n’y voyait pas d’utilité. Le vénérable, certainement outré par ce refus, parce que rien ne pouvait « exciter l’œil de la surveillance » et que rien ne permettait de « trouver d’obstacle », sollicita du Grand Orient de France la conduite à tenir, et la loge de Meulan put allumer ses feux. Tel était le climat politique de l’époque.
Malgré le discours de la maçonnerie d’être fidèle aux régimes politiques, en leur garantissant d’ailleurs sa neutralité politique, les idées libérales et républicaines progressent au sein des loges, en particulier à Paris et dans les grandes villes où la franc-maçonnerie est déjà bien installée. On peut penser que la loge des Fidèles d’Hiram a été créée dans ce climat, ne serait-ce qu’en raison du passé de ses fondateurs, un certain nombre ayant été des militaires de l’Empire ; aucune difficulté administrative particu-lière n’a été relevée.
Disparition, fusion, long sommeil… Cent quatre-vingt-quatre ans, c’est une très longue période dans la vie d’une association. Cette continuité est d’autant plus remarquable que cette vie s’est échelonnée sur des périodes troublées, agitées très souvent, parfois dramatiques : la Restauration, les Journées de 1830, le Second Empire, la guerre de 1870, la Commune, la guerre de 1914, celle de 1940… Pourtant, l’activité maçonnique s’est maintenue sans interruption à Rueil, à l’exception des seules périodes liées aux événements de 1830 et à la guerre de 1940.
Voilà donc cent quatre-vingt-quatre ans qu’existe la loge « Les Fidèles d’Hiram ». En effet, c’est le 9 novembre 1824, que le Grand Orient de France accorde les constitutions de la loge, dont la demande avait été faite le 12 octobre précédent. La commission adressée aux Frères installateurs de la loge est du 6 décembre1824, et la loge est officiellement installée le 15 décembre 1824. Quelle date retenir pour sa création ? C’est incontestablement celle du 9 novembre 1824, lorsque le Grand Orient de France décide d’accorder les constitutions, acte fondateur de tout Atelier maçonnique. Certes! il y a plus qu’une nuance entre la fondation d’une loge par un groupe de francs-maçons et sa création par le Grand Orient de France. Il faut évidem-ment se réunir, recueillir l’appui d’autres loges, organiser, se préparer à l’allumage des feux… Sur l’original des constitutions de la loge , au recto, la date de la décision du Grand Orient de France de les accorder est indiquée ( 9 novembre 1824) et il y est aussi mentionnée que « la loge est inscrite au tableau des loges régulières de France, à la date du 12 octobre 1824, époque de sa demande, approuvant et régularisant en tant que de besoin les travaux ci-devant faits de bonne foi ».
Avant la date de novembre 1824, des réunions préparatoires à la création de la loge avaient eu lieu. Ils étaient onze, douze avec le député, à y participer plus ou moins régulièrement, constituant en quelque sorte le noyau dur des membres fondateurs: André Barat, Joseph Bedin, Alexandre Bouht, François Caron, François Cauchois, Pierre Chesneaut, Joseph Duplessis, Guillaume Millet, Claude Miné, Jean-Edme Rathier, Simon Rotanger, Jean-Baptiste Roux - et Michel Hébert. Trois autres Frères, Pierre Ottenheim, Charles de Vanderlenden et Louis-Amédée Monnier, sans qu’il soit prouvé qu’ils aient participé effectivement aux réunions préparatoires, n’en signèrent pas moins l’obligation d’être de loyaux maçons et fidèles au Grand Orient de France, lors de l’allumage des feux de l’Atelier. Pour certains d’entre eux, des éléments biographiques permettent aujourd’hui de les connaître, pour d’autres, nous n’avons que des indices, pour quelques uns, nous n’avons rien .
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Il est difficile d’analyser la composition sociologique de la loge Les Fidèles d’Hiram, les informations faisant souvent défaut et les états consultés ne précisant pas suffisamment la fonction réelle des intéressés ; ainsi, pour un boulanger, ou pour un charpentier, il peut s’agir d’un artisan ou d’un ouvrier ( mais, il est vraisemblable qu’il s’agit plutôt d’un artisan, pour tenir compte du principe de recrutement ). Il demeure que ce qui a été relevé pour Les Fidèles d’Hiram correspond, pour l’essentiel, à ce qui l’a été par ailleurs pour des loges du même type par les historiens de la franc-maçonnerie ( notamment Pierre Chevalier et André Combes ).
Hormis ces difficultés d’interprétation, selon la nature des professions exercées, et d’après l’origine de ses membres, la loge Les Fidèles d’Hiram est, dans l’ensemble, représentative des classes sociales, populaires, mais aussi bourgeoises, de Rueil. Pas moins d’un bon tiers de ses membres sont classés comme bourgeois : rentiers, propriétaires, entrepreneurs, commerçants, anciens militaires…
Au cours du XIX ème siècle, la loge a eu dans ses rangs un nombre assez appréciable de cultivateurs, de blanchisseurs et de marchands de vins ; elle a toujours eu aussi des militaires, en grand nombre d’ailleurs à ses débuts, la plupart ayant participé aux campagnes de guerre de Napoléon.
Nous en avons un aperçu à partir de la lite - incomplète - des fondateurs : Claude Miné, né en 1762, bourgeois ; Pierre Chéneaut, né en 1770, négociant ; François Cauchois, né en 1795, sellier ; Joseph Duplessis, ( né en ?), traiteur ; François Caron, ( né en ? ), militaire en retraite ; Roux Jean-Baptiste, né en 1793, coiffeur ; Alexandre Bouht, né en 1793, entrepreneur en bâtiment ; André Barat, né en ? , négociant ; Pierre Ottenheim, né en 1798, ébéniste.
Charles de Vanderlenden, né en 1750, initié franc-maçon en 1780, à la Cour de Versailles, était un officier d’artillerie ; si nous pouvons l’admettre comme fondateur de la loge Les Fidèles d’Hiram, c’est seulement par sa signature, qu’il a, lui aussi, permis la création de la loge. Par contre quelques lignes doivent être consacrées à deux fondateurs, figures particulières de Rueil.
Guillaume Millet… Famille de Rueil, les Millet étaient dans la médecine - pour faire vite et court ; le père était chirurgien-chef à l’hôpital militaire de Rueil et deux de ses fils étaient chirurgiens militaires ( sous l’Empire ). Le destin de Guillaume Millet , né en 1782 à Rueil, comme beaucoup de membres fondateurs de la loge, se confond alors avec l’épopée napoléonienne, épousant ses victoires et sa grandeur, mais aussi ses défaites, ses désastres et ses malheurs. D’abord affecté à l’Armée des Côtes de l’Océan, il est ensuite employé à « l’ambulance du quartier général mobile » de Napoléon. Il y arrive la veille de la bataille d’Austerlitz…Il est à Iéna, Ulm, Eylau ( où il reçoit la Légion d’honneur), Varsovie, Rastibonne, Eckmül, etc… Il participe à l’affreuse guerre d’Espagne, revient pour participer à la campagne de France ; il termine les guerres napoléoniennes au sein du 27ème régiment de chasseurs à cheval ( le fameux régiment d’Arenberg ), où il est blessé et qui le voit vraisemblablement assister aux adieux de Fontainebleau…
Ayant soutenu, à Strasbourg, en 1809, sa thèse de médecine , Guillaume Millet est médecin à Rueil, sa carrière militaire terminée.
Simon Rotanger… Né en 1774 à Mousseaux ( Seine et Oise ), il entre à 18 ans dans l’armée ; de simple soldat à capitaine, au 17ème régiment d’infanterie de ligne, il a participé aux nombreuses campagnes de Napoléon, y compris en Italie, où il sera blessé à Naples, ( blessé d’ailleurs à plusieurs reprises ). D’abord à l’Armée des Côtes et du Rhin, puis à la Grande Armée, enfin, à l’Armée du Nord, il aligne 18 ans de campagne.
Simon Rotanger deviendra maire de Rueil, en février 1836; les votes du conseil municipal se feront alors par boules blanches et boules noires, méthode maçonnique s’il en est… N’a-t-il pas été vénérable maître de la loge Les Fidèles d’Hiram de 1840 à 1844.
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Au plan maçonnique, beaucoup de fondateurs de la loge de Rueil avaient été initiés bien avant sa création. Certains l’avaient été dans les loges militaires, nombreuses sous l’Empire, tels Simon Rotanger et Guillaume Millet.
Ainsi, l’appartenance de Guillaume Millet à la franc-maçonnerie remonte au moins à 1809 ; en effet, en mars 1809, il est dans la loge « La Vraie Fraternité » du 30ème régiment de ligne ; il est orateur.
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La loge « Les Fidèles d’Hiram », à l’Orient de Rueil, est à mi-chemin entre Saint-Germain-en-Laye et Boulogne ( Billancourt ), Orient des deux loges qui ont permis sa création, « La Bonne Foi », loge phare de la région, en raison de son ancienneté, et « Saint Auguste de la Bienfaisance », ce qui, dans ces temps-là, prenait une grande importance au plan territorial en raison de moyens de transports lents et limités. Le rapport qui avait été fait pour soumettre à la décision du Grand Orient de France ( décision du 9 novembre 1824 ) le projet de création des « Fidèles d’Hiram » retient aussi cette idée, tout en renforçant le souhait de constituer un réseau d’ateliers maçonniques dans la région. Cela est dit dans les termes les plus chaleureux qui soient, dans le style de l’époque En autorisant la création des « Fidèles d’Hiram », le Grand Orient répond à l’attente des loges de « La Bonne Foi » et de « Saint Auguste de la Bienfaisance » ( qui devient en 1864 « Bienfaisance et Progrès » ) qui « désirent cette troisième sœur, laquelle placée au centre, lui serviront d’appui et elle de communication intermédiaire, si favorable à la fusion des trois sœurs dans nos solennités ».
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En principe, la loge-mère est celle dont un certain nombre de membres sont partis, en général lorsque les effectifs deviennent trop nombreux pour assurer un travail maçonnique efficace, créer une loge, la loge-fille de la première, soit dans le même Orient - ce qui était plutôt rare à l’époque - soit dans un autre. Il s’agit alors d’un essaimage. Rien de tel avec les loges de La Bonne Foi et de Saint Auguste de la Bienfaisance. En effet, sauf erreur, les seuls Frères des Fidèles d’Hiram, qui figurent sur les tableaux de La Bonne Foi , sont Pierre Chesneaut, en 1822 et 1823, ( « en congé » est-il précisé et il sera également membre d’un Atelier supérieur de Saint Germain en Laye, dont il est l’un des initiateurs en 1824 d’ailleurs ) et Auguste Ract, en 1822. S’agissant de Saint Auguste de la Bienfaisance , aucun Frère des Fidèles d’Hiram n’y a appartenu.
Il s’agissait donc davantage d’une obligation imposée par le Grand Orient de France à une loge qui désirait se créer que d’un essaimage, d’autant plus souhaitable que l’appui qui lui est accordé était, pour l’obédience, une garantie morale rendue nécessaire par les difficultés de communication. Mais, l’usage s’est installé d’appeler ces loges, les loges-mères. Naturellement, c’est le sens qu’il faut donner à cette annotation relevée dans un document de l’époque où il est précisé que « la loge de La Bonne Foi est la souche d’où sont sorties les loges de Rueil et de Versailles… ».
Mais, rien n’aurait pu se faire sans l’appui des loges de La Bonne Foi et de Saint Auguste de la Bienfaisance, auprès desquelles avait été constitué un collège de députés afin de solliciter « leur appui et leur assentiment », formalité obligatoire pour obtenir l’autorisation du Grand Orient de France de créer une loge, tout en étant un acte de fort encouragement. Selon une délibération du 22 juillet 1824, André, Gaspard Barrat, Guillaume Millet, François-Baptiste Roux, Alexandre Bouht et François Cauchois étaient chargés d’intervenir auprès de La Bonne Foi ; Pierre Chesneaut, Jean-Edme Rathier, Joseph Bedin et, encore Guillaume Millet et Alexandre Bouht, l’étaient auprès de la loge de Saint Auguste de la Bienfaisance.
Si la Bonne Foi s’est limitée, le 28 juillet 1824, à confirmer son appui au verso du document, Saint Auguste de la Bienfaisance est plus chaleureuse, car, selon l’acte qu’elle a signé le 14 septembre 1824, « en connaissance de cause, [ elle ] appuie de tout son pouvoir, la demande en constitution de la loge naissante et déclare qu’elle est toute heureuse d’avoir l’occasion de donner un témoignage flatteur aux Frères de Rueil, de faciliter la propagation de la Vraie Lumière … ».
Cette loge confirme son engagement, en s’affiliant avec Les Fidèles d’Hiram, le 25 août 1825. Un certificat, qu’elle a établi le 14 novembre 1840, mentionne que cette affiliation, ancienne déjà d’une quinzaine d’années, entre les deux loges « a été consentie et sanctionnée d’après les sentiments réciproques de l’amitié la plus fraternelle et de l’union la plus parfaite qui existaient précédemment entre elles ». La loge de Saint Auguste de la Bienfaisance, qui devenait « Bienfaisance et Progrès » en 1865, période où les loges abandonnaient leur référence chrétienne, quittait l’Orient de Boulogne pour celui de Paris quelques mois plus tard.
Du côté de la loge de la Bonne Foi, les liens qui l’unissaient aux Fidèles d’Hiram ne se sont jamais démentis, même si à certaines périodes ils ont pu paraître plus distendus, plus sous l’effet de la négligence que pour d’autres raisons.
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Les relations entre la loge Les Fidèles d’Hiram et le Grand Orient de France étaient assurées par Michel Hébert, député de la loge auprès de l’Obédience. Selon une pratique rendue nécessaire par la lenteur et la difficulté des déplacements de l’époque, Michel Hébert avait reçu de la loge Les Fidèles d’Hiram les pleins pouvoirs pour agir en son nom, conformément, d’une part, aux statuts et règlement du Grand Orient de France et, d’autre part, aux instructions particulières qu’elle pouvait lui envoyer, à charge pour elle d’approuver et d’exécuter tout ce qu’il avait approuvé et promis à l’Obédience en son nom. Il fallait que la loge ait eu une totale confiance en Michel Hébert, qui, au demeurant, la méritait ; en effet, selon le rapport fait au Grand Orient de France, c’est « à son zèle et à son ardent amour pour la maçonnerie que les maçons épars à l’Orient de Rueil se sont réunis sous la bannière des Fidèles d’Hiram ». Incontestablement, il a fortement contribué à la création de la loge, ainsi que les documents l’attestent.
Michel Hébert, le député de la loge, était né à Rueil, le 3 novembre 1759 ; il demeurait à Paris, rue du Bac. Ancien militaire, propriétaire aisé, capitaine de la Garde nationale de Paris, chevalier de la Légion d’honneur, il est déjà un vieux maçon, avec près d’une vingtaine d’années d’activité au sein de « L’Âge d’Or », à l’Orient de Paris, et où, ayant été initié aux grades chevaleresques de la franc-maçonnerie, il y a occupé différents postes d’officiers . L’Âge d’Or était un atelier maçonnique, ancien et renommé. Créé en 1784, ses membres comprenaient des princes, barons, financiers et autres hommes de pouvoir, ainsi que de nombreux maçons suisses. Michel Hébert a pu y croiser Philippe Touchard, né en 1758, à Rueil, administrateur des diligences impé-riales, ce qui constituerait un signe supplémentaire d’une sociabilité renforcée par l’appartenance à la maçonnerie.
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Constitutions accordées le 9 novembre 1824, la loge Les Fidèles d’Hiram est installée, à la gloire et sous les auspices du Grand Architecte de L’univers , lors d’une tenue extraordinaire, le 15 décembre 1824 . Selon les documents disponibles, cette tenue fut une solennité très réussie, rehaussée par la présence de dignitaires de l’Ordre et de représentants de la loge de Saint Auguste de la Bienfaisance, l’absence de représentants de La Bonne Foi ayant été vivement regrettée.
Les travaux sont ouverts sous le maillet de Michel Hébert, député de l’Atelier, les deuxième et troisième maillets étant tenus respectivement par Simon Rotanger et André, Gaspard Barat. Selon la planche du secrétaire, Jean-Baptiste Roux, le vénérable maître titulaire, Claude Miné, était absent pour cause de maladie.
« Le Frère secrétaire a fait lecture de la planche des derniers travaux , laquelle a reçu la sanction de l’Atelier » est-il écrit sur le tracé des derniers travaux . Cela tend à prouver que Les Fidèles d’Hiram se réunissaient en tenue solennelle avant leur création officielle. Au demeurant, un tableau des Frères, du 12 octobre 1824, est sans ambiguïté, puisqu’il donne la composition de la loge Les Fidèles d’Hiram à cette période. Ainsi, en appliquant le principe maçonnique, « des maçons libres dans une loge libre », Les Fidèles d’Hiram travaillaient dans une loge « sauvage », selon l’expression consacrée en maçonnerie.
L’ordonnancement de l’allumage des feux de la nouvelle loge n’était guère différent de celui qui est appliqué actuellement : Alexandre Bouht, grand expert , et Jean-Edme Rathier, maître des cérémonies , annoncent la députation de la loge de Saint Auguste de la Bienfaisance, qui attend « dans la salle des pas perdus », et qui est introduite dans le temple « avec un accueil fraternel et sous batterie d’usage », suivie des commissaires du Grand Orient de France, qu’une députation de neuf membres de la loge reçoit et introduit dans le temple, selon le rituel réservé à leur rang.
L’Atelier suspend ses travaux pour que le Grand Orient de France ouvrent les siens ; ils le sont sous le maillet du Très Vénérable Maître Raveau , les deuxième et troisième maillets étant tenus par les Vénérables Maîtres Pommier et Scherzet ; le crayon (secrétaire) est tenu par le Vénérable Maître de Beaurepaire.
Les Frères de l’Atelier jurent et signent l’obligation de fidélité, les constitutions de la loge sont déposées. Un discours « très lumineux » est prononcé par le Frère Raveau qui proclame l’installation de la loge ; il fait assembler les Frères de l’Atelier pour leur communiquer le mot de semestre, mot de passe particulier qui permet à un maçon de participer aux travaux d’une loge. La joie de l’assistance est témoignée par une triple batterie. Enfin, le Grand Orient de France ferme ses travaux et ceux de la loge reprennent « force et vigueur ».
Pierre Chesneaut reprend le Premier maillet et les deux autres restent aux surveillants titulaires, respectivement les Frères Simon Rotanger et Alexandre Bouht, alors que les dignitaires de l’obédience prennent place à l’Orient .
Hommages, remerciements chaleureux et traditionnelles batteries d’allégresse se succèdent durant cette cérémonie d’installation de la loge. L’orateur, Guillaume Millet, estimant que ses Frères lui ont « donné une tâche difficile à remplir », spécialement en ce jour de l’allumage des feux de la loge, lit un morceau d’architecture .
Ne soyons pas étonnés aujourd’hui de l’aspect dithyrambique des discours qui étaient prononcés à cette période. Il est vrai que si le ton des discours maçonniques paraît d’autant plus accentué, c’est que ces discours portent sur des sujets propices à ces envolées lyriques: la fraternité, l’amour du prochain, la solidarité, la découverte d’une sociabilité nouvelle, etc. En outre, il fallut un réel travail d’influence à ces francs-maçons pour permettre à la franc-maçonnerie de se développer, en dépit de circons-tances parfois défavorables.
Il ne faut donc pas être surpris que l’orateur ait pu dire que « si [son] amour pour la franc-maçonnerie pouvait [lui] donner autant d’éloquence que ce sentiment vrai que [l’] ordre [lui] inspire, [son] génie [aurait été] en rapport avec [son] cœur ». En une phrase, le sens et la forme des discours maçonniques de l’époque sont donnés.
L’orateur poursuivit sa planche en exprimant tout le bonheur que les membres de la loge éprouvaient, en souhaitant qu’ils s’unissent à lui, de cœur et d’intention, pour « manifester leurs sentiments de reconnaissance fraternelle auprès des rayons lumineux du grand Sénat maçonnique, ce brillant soleil toujours pur pour les profanes de la vraie lumière».
En s’adressant aux dignitaires du Grand Orient de France, Guillaume Millet, toujours selon l’inspiration de l’époque, leur demanda de recevoir « l’expression des tendres sentiments des Frères de la Loge, leur sollicitude tout à fait fraternelle [n’ayant] pu que contribuer au bonheur d’avoir obtenu [les] constitutions de la Loge. Il ajouta qu’il devait leur « être glorieux » comme pour eux « de voir la grande chaîne maçonnique s’augmenter d’un chaînon ».
Guillaume Millet concluait ainsi sa planche : « Comment pourrai-je peindre au nom de tous mes Frères l’expression de la joie qui brille dans nos cœurs, faible organe de leur pensée et moi-même, l’âme remplie de la plus douce allégresse, pourrai-je vous tenir le langage le plus vrai, le plus simple, ce langage des vrais maçons. Il est enfin arrivé ce jour tant désiré, ce jour, que notre ardeur, notre zèle dans l’art de la maçonnerie nous ont donné ».
Une autre planche nous surprend, tout en apportant un éclairage, non sur la forme, toujours dithyrambique, mais sur le contenu du discours maçonnique d’un maçon nouvellement initié. En l’occurrence, il s’agit vraisemblablement d’une planche, restée anonyme, présentant les impressions d’un jeune franc-maçon, chargé de donner ses sentiments et ses impressions dans une circonstance exceptionnelle.
« Enfant né des Fidèles d’Hiram, je suis trop jeune en maçonnerie pour entreprendre de disserter sur une matière d’une aussi haute importance. Je ne puis qu’exprimer l’émotion que produit chez moi le bonheur d’appartenir à une société réellement morale, je sens tout le prix que doit attacher l’homme bien pensant au but des réunions maçonniques, dans lesquelles une admission ne s’acquiert que par une réputation éprouvée dans l’état profane et par une profession de foi qui ne doit jamais laisser de doute sur les vertus pratiquées sans mesure par les vrais maçons, [ce qui] je l’espère me mettra à même, en observant toujours les vrais principes maçonniques, d’acquérir plus de connaissances dans cet art si sévère des anciens. »
« Aujourd’hui que nous entrons dans une carrière régulière , carrière toute nouvelle pour les Frères qui comme moi ne jouissent du bonheur d’être maçons que depuis l’ouverture d’un atelier dans ces contrées, je ne puis qu’être émerveillé de l’apparition des rayons de lumière partant du foyer principal et qu’en s’approchant de nous, vivifier les muscles de notre corps maçonnique ».
Puis ce nouveau maçon rendait une série d’hommages « au Grand Architecte de l’Univers, [pour sa] paternelle bienveillance, puis aux Frères installateurs, qui sont venus donner cette aptitude, cette ferme consolidation désirée si ardemment par Les Fidèles d’Hiram et par laquelle tous nuages [devaient] disparaître et laisser éclairer [leur] horizon maçonnique, enfin aux Frères à qui vint l’admirable idée d’ériger un temple en ces parages ».
Cet hommage aux membres fondateurs de la loge se terminait par une belle et classique envolée lyrique, puisqu’ils s’en trouvaient « bien récompensés par la pure et sincère reconnaissance [vouée à jamais par leurs] cœurs, qui toujours prêts à suivre l’exemple qu’ils leur ont donné se feront un devoir d’en conserver le souvenir au delà des bornes de la vie ».
Enfin, ce nouveau Frère exprimait toute la reconnaissance des membres de la loge au « Très Cher Frère Michel Hébert », ainsi qu’à tous les Frères des loges de la Bonne Foi et de Saint Auguste de la Bienfaisance.
Le sac des propositions produisit deux suppliques : elles concernaient, déjà, le jour de l’allumage des feux de la loge, deux profanes, l’un, Antoine, Alphonse, Alexandre Schneider, l’autre, François Vase, entrepreneurs en bâtiment, et qui demandaient a être initiés aux mystères [de la franc-maçonnerie]. Pierre Chesneaut, Alexandre Bouht et Pierre Ottenheim, ce dernier devenant d’ailleurs vénérable maître en 1849, étaient nommés pour s’informer de leur conduite morale.
Quant au tronc de bienfaisance , tenu par l’hospitalier , Joseph Bedin, s’il a bien circulé, nous ne savons pas combien il a produit.
Les travaux ont été suspendus pour passer à ceux du banquet. Plusieurs santés ont été portées, au nombre desquelles celle du vénérable titulaire, avec les souhaits d’un prochain rétablissement de sa santé, celles envers les Ateliers de La Bonne Foi et Saint Auguste de la Bienfaisance, en remerciement de la faveur qu’ils ont fait aux Fidèles d’Hiram pour obtenir leurs constitutions.
Comme le veut le rituel maçonnique, « les travaux ont été fermés à minuit plein ». Ils se poursuivront normalement. Le tableau de la loge, établi le 18 janvier 1825, comporte vingt membres, dont Michel Hébert. Outre ce dernier, les Frères chargés d’un plateau ou d’un office étaient Pierre Chesneaut, vénérable maître, Claude Miné, ex-vénérable, Simon Rotanger, 1er surveillant, Alexandre Bouht, 2ème surveillant, Guillaume Millet, orateur, Jean-Baptiste Roux, secrétaire, François Cauchois, expert, Joseph Duplessis, 2ème expert, Charles de Vanderlenden , hospitalier, François Caron, trésorier, André Barat, garde des sceaux et archives, Pierre Ottenheim, architecte , Jean-Edme Rathier, maître des cérémonies, Laurent Duhamel, Frère Terrible , Louis Monnier, orateur adjoint, Charles Brière, Frère servant .
En ce début de l’année 1825, l’Atelier est complété de Joseph Bedin, maître, François Vaze et Antoine Schneider, qui, depuis l’installation de la loge, ont été initiés francs-maçons. C’est l’un des deux derniers qui était certainement l’auteur de la planche - non signée - lue lors de l’allumage des feux de la loge, peut-être Antoine Schneider qui deviendra vénérable de la loge en 1851 , en le restant jusqu’en 1865…
La construction du Temple, à Rueil-Malmaison, était définitivement lancée…
Christian LE GOFF
Rueil, avant que la ville ne s’appelle Rueil-Malmaison…
II Chroniques II 13 et 14
Allumage des feux : création d’une loge maçonnique
Constitutions : document créant la loge.
Les francs-maçons s’appellent Frères entre eux.
Pierre Chevalier, Histoire de la Franc-Maçonnerie française, Ed. Fayard, 1992, 3 tomes.
André Combes, notamment « Les trois siècles de la Franc-maçonnerie française », Ed. EDIMAF, 1998
Service historique de l’Armée de terre
Il n’y a pas de certitude, mais le régiment d’Arenberg était présent.
Thèse consultable à la BNF (site François Mitterand).
Service historique de l’Armée de terre.
Orient : Ville où les réunions maçonniques se tiennent ( mais temporairement elles peuvent l’être dans le temple d’une autre ville ; ainsi certaines loges travaillent à l’Orient de Nanterre ( ou d’ailleurs… ), alors qu’elles ont physiquement lieu à Rueil-Malmaison…
En congé : permission régulièrement accordée par sa loge à un maçon de ne pas participer à ses travaux durant une certaine durée.
Atelier supérieur : loge de perfection, au-delà du 3ème grade.
Vraie Lumière : synonyme de franc-maçonnerie, à l’époque.
Officiers : membres du collège, élus ; le collège est chargé de la gestion et de l’organisation des travaux de la loge, sous la responsabilité du vénérable maître.
Grand Architecte de l’Univers : expression désignant le Créateur ; pour respecter la liberté absolue de conscience de chacun, elle a été supprimée par le G O D F en 1877.
Maillet : attribut du vénérable maître et des deux surveillants ( symbole de l’autorité, notamment celle du vénérable maître
Planche du frère secrétaire ( BNF, n° FM2, 391 )
Atelier, nom générique de la cellule de base de toute réunion de francs-maçons travaillant rituellement en commun.
Les travaux de chaque tenue font l’objet d’un compte-rendu, appelé « tracé ».
Grand expert : gardien du rituel, responsable de son application correcte.
Maître des cérémonies : veille au cérémonial de chaque assemblée.
Synonyme de Vénérable Maître,
Orient d’un temple : partie du temple maçonnique face à sa porte d’entrée,
- Batterie : rite maçonnique consistant à frapper soit dans les mains, soit avec le maillet sur le plateau, un certain nombre de fois, et sur un certain rythme.
Morceau d’architecture, discours écrit ou parlé, exposé en loge par un maître,
Sénat maçonnique, la plus haute instance du G O D F , aujourd’hui disparue.
Allusion que la Loge travaillait de manière « sauvage », donc, qu’elle n’était pas régulière.
- Le Sénat du Grand Orient de France
Sac aux propositions : en fin de tenue, circule un sac où peuvent être déposées toute proposition faite par un membre de la loge
Tronc de bienfaisance : ou sac de solidarité qui circule en fin de tenue.
Hospitalier : responsable de la solidarité et d’être « présent » auprès des membres de la loge en difficulté, morale ou matérielle.
Santé, « toast » porté par les francs-maçons au cours des agapes ( repas, banquet…).
Minuit plein, repère pris dans le temps pour la fermeture des travaux tenus aux trois premiers grades maçonniques,
Architecte : représente symboliquement Hiram.
Frère Terrible : nom ancien de l’expert chargé de conduire le profane à initier ( en réalité, il n’avait rien de terrible ! ).
Frère servant : chargé d’effectuer les tâches matérielles.
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