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LES LE COUTEULX A LA MALMAISON
Présentation de Philippe Champy
Jacques-Jean Le Couteulx du Molay a été propriétaire de la Malmaison de 1771 à 1799. Il appartenait à une famille d’origine rouennaise dont les compétences reconnues en matière financière valurent à plusieurs de ses membres un destin d’importance nationale. Négociants, financiers et armateurs à Rouen dès le XVIe siècle, ils créèrent une banque à Paris vers 1670 pour épauler leur maison de Normandie. Un troisième établissement installé à Cadix en 1724 compléta un dispositif tout à fait original pour l’époque, chacune de ces maison étant dirigée par un membre de la famille et entretenant des relations étroites avec les deux autres. La maison de Cadix en particulier servait de relais pour les opérations de négoce avec les colonies (exportation de produits manufacturés, importation d‘épices et de produits de base) ou avec l’Espagne (importation de laines pour les filatures normandes), mais aussi approvisionnait les maisons françaises en piastres espagnoles qui furent au XVIIIe siècle l’objet d’un très fructueux trafic, compte tenu de la pénurie d’argent-métal en France. La famille s’organisa à la même époque en branches : Caumont, Verclives, La Noraye, Canteleu et du Molay pour les principales et, pour éviter une trop grande dissémination des parts de la banque, pratiqua une large endogamie, qui, curieusement, s’est prolongée jusqu’au XXe siècle, bien que sa justification première ait disparu.
Les Le Couteulx eurent l’art d’utiliser leurs positions dans des banques ou compagnies para-étatiques pour favoriser leurs affaires : associés de François Cabarrus dans la banque Saint-Charles à Madrid créée par le gouvernement espagnol en 1782, ils profitèrent grandement du monopole qui lui fut accordé l’année suivante sur le commerce des piastres. Administrateurs de la Caisse d’Escompte à Paris depuis 1778, ils en obtinrent des conditions favorables pour financer leurs importations de piastres. Administrateurs de la troisième Compagnie des Indes en 1785, ils furent à même de satisfaire ses besoins considérables en argent-métal. Ils jouèrent par ailleurs un rôle important dans le financement de la toute jeune république des Etats-Unis, comptèrent à partir de 1781 parmi ses banquiers officiels et réalisèrent de nombreuses opérations avec Benjamin Franklin et Robert Morris. Emprisonnés sous la Terreur, ils sauvèrent une partie de leur fortune grâce à des achats de biens nationaux. Leur banque fut liquidée en 1795 mais ils continuèrent à jouer un rôle politique et financier de premier plan, notamment dans la création de la Banque de France en 1800.
Geneviève Daridan, née Le Couteulx de Caumont et éminente spécialiste du Japon, a écrit une histoire de sa famille : MM. Le Couteulx et Cie, banquiers à Paris, d’où nous extrayons les passages relatifs à la Malmaison, ainsi qu’au château de Voisins à Louveciennes.
L’hiver 1775-1776 avait été très dur. La Seine charriait des glaçons, puis elle se prit presque entièrement. On aurait pu la traverser à pied sous le Pont-Neuf. Un grande quantité de neige tomba sur la région parisienne, occasionnant beaucoup de misère d’un côté et de plaisir de l’autre. Autour de Versailles on se mit aux parties de traîneau « à l’autrichienne », car tout ce qui venait de Schönbrunn était à la mode.
Le printemps n’a fait son apparition qu’au début d’avril, moment qu’ont choisi les propriétaires de la Malmaison pour inviter à Rueil leurs parents parisiens et normands : ce sera pour certains d’entre eux l’occasion de découvrir le domaine et, pour les autres, d’admirer les embellissements récents du parc.
Il y a cinq ans et deux mois très exactement, ce 23 avril 1776,que Jacques-Jean Le Couteulx, sire du Molay, a acheté le château et ses terres (1) à la veuve d’Henri d’Aguesseau, fils du chancelier. Auparavant, la maison était restée près de quatre cents ans dans une même famille aux noms changeants du fait des successions féminines, le dernier propriétaire étant Charles-Louis Barentin, futur garde des Sceaux de Louis XVI. L’histoire de la Malmaison remontait aux siècles troubles des invasions normandes et des combats qui ensanglantaient la région. D’où peut-être l’étymologie d’un nom évoquant de mauvais présages : Malmaison, mala domus en latin.
Le président Barentin avait, à la fin du XVIIe siècle, réalisé de grands travaux pour transformer cette gentilhommière assez simple, entourée d’un important domaine agricole, en petit château dont les appartements conserveraient dans l’avenir la même disposition : la plus grande partie du rez-de-chaussée réservée à la réception – salon, salle de billard, vestibule et salle à manger – et à l’appartement de Madame ; celui de monsieur étant à l’étage (2).
C’est une demeure élégante dans un parc, retracé au début du XVIIIème siècle, où la pente naturelle du ruisseau est utilisée pour créer plusieurs pièces d’eau. Peut-on imaginer une propriété de campagne plus plaisante et plus commode pour un banquier dont les affaires se traitent à Paris, mais aussi à Versailles ?
Jacques-Jean Le Couteulx est également propriétaire d’un château en haute Normandie, Le Molay, que son père avait acheté au duc du Chaulnes en 1757. Il y passe une partie de l’été. Mais il lui fallait, à proximité de la banque, une villégiature plus facilement accessible où il puisse avoir table ouverte, à l’instar des plus puissants financiers et manieurs d’argent du moment.
Jacques-Jean était revenu de Cadix, où il avait fait ses premières armes de négociant dans la filiale de la maison parisienne, peu avant la mort de son père, en 1768. Il avait hérité d’une belle fortune et de la direction de la maison de banque. L’année suivante, il épousait sa cousine, Geneviève-Sophie Le Couteulx de La Noraye.
L’habitude des mariages endogamiques se perpétuait depuis fort longtemps chez les Le Couteulx et s’expliquait en partie par la structure purement familiale de leur groupe. En l’occurrence, l’union de Jacques-Jean et de Sophie ressemblait à une histoire d’amour.
Sophie était à l’époque une très jolie fille au teint laiteux, aux cheveux crêpés tirant sur le roux, aux yeux largement découpés et éclairés de gaieté. Elle avait l’éclat d’une enfant d’août, vive, qui aimait briller. Petit à petit sa beauté s’affine. La taille bien prise, l’allure élégante, elle jette sur le monde un regard conquérant. Grand, fort, la tête un peu engoncée dans les épaule, son mari ne peut passer pour un bel homme. La silhouette est lourde, le verbe haut. Mais à trente-six ans, c’est un praticien de réputation internationale. Il arbore l’assurance de ceux qui ont derrière eux une longue tradition de succès. On lui connaît une faiblesse et une passion : la première est son goût immodéré pour les jolies femmes. Quelque temps satisfait par la sienne, l’infidélité venant avec l’âge et l’habitude, Jacques-Jean n’en continuera pas moins à combler son épouse d’égards et à mettre en valeur une beauté et un charme qui flattent sa vanité.
Les affaires sont sa passion véritable. S’il feint de mépriser l’argent, c’est qu’il en a beaucoup. Il sait le dépenser en esthète. Nouveau propriétaire de la Malmaison, il a aussitôt entrepris des travaux d’aménagement du parc et de la demeure. Quelques années plus tard, il la dotera de deux courtes ailes sur la cour.
Jacques-Jean, qui porte en miroir le prénom du rêveur solitaire, apprécie l’irrégularité des parcs à l’anglaise. Finis les jardins « au cordeau » tels que les concevait Le Nôtre. Il faut des ruines, des rochers, des torrents et, puisque le domaine possède une ferme et sa laiterie, on laissera paître les moutons sur les prés, au-delà de la rivière.
Désormais, après cinq ans de travaux exécutés par le célèbre paysagiste Morel, le ruisseau serpente devant la maison à la place des jardins à la française. On a aménagé deux petites îles. Tout ceci est du plus heureux effet. Jacques-Jean a fait venir des arbres rares, planter des essences inconnues dans la région. La mode est aux « fabriques ». On a construit sur une hauteur du parc une tour carrée de quatre étages, dont le dernier est une sorte de belvédère coiffé d’un lanternon. On y domine le moutonnement des bois, le paysage redessiné des soixante-quinze arpents du parc (3). Au premier étage, un cabinet d’histoire naturelle : dans les vitrines sont conservés des insectes rares, de beaux plumages, des coquillages joliment ourlés que le banquier et sa femme collectionnent. Dix grands pots à feu en fonte et cinquante vases de faïence contribuent à la décoration du parc. Jacques-Jean et Sophie se sont empressés de remettre au goût du jour la maison et son mobilier. Celui-ci a d’ailleurs été largement renouvelé. Presque tous les meubles sont en acajou, ce merveilleux bois dur que rapportent en guise de lest les bateaux qui reviennent des Indes occidentales ou d’Afrique. Les sièges qui ne sont pas en acajou sont en bois peint, les murs sont tendus de toile de Jouy ou de papier décoré. Le confort est assuré par des poêles de faïence surmontés de vases antiques ou de statues. Les chambres, au premier et au second étage, permettent d’accueillir nombre d’invités et de loger une importante domesticité. Elle sont toutes pourvues de garde-robes dont l’une offre la commodité d’une baignoire.
Sophie s’est attachée à décorer son appartement avec un soin tout particulier. La chambre à coucher est peinte en vert, sa couleur favorite. Le lit à la polonaise, les rideaux et les sièges sont recouverts de mousseline rayée. La pièce communique avec un ravissant boudoir ovale décoré de douze panneaux de glace. Un second boudoir sert de bibliothèque et de bureau (4).
Très ancienne famille marchande que celle des propriétaires de la Malmaison : au XVe siècle on la trouve à Yvetot et au début du XVIe à Rouen, à l’époque capitale maritime du royaume, où elle fonde une maison qui se consacre aux opérations commerciales et à l’armement. Il existe alors de nombreux contrats entre les marchands rouennais, bailleurs de fonds, et les marins destinés aux expéditions lointaines. Un des grands ancêtres de la famille est anobli en 1505 pour avoir« commercé chez les nations les plus éloignées ». C’est Jean Le Couteulx qui assura, dit-on les navires de Jean Ango, le célèbre armateur de Dieppe (5). Lorsque Champlain lança son expédition en 1613, trois de ses quatre bâtiments partis de Honfleur furent gréés à Rouen par la maison Le Couteulx.
Deux frères, Daniel et Jacques Le Couteulx, établirent au début du XVIIe siècle, un commerce à Paris, rue de la Grande-Truanderie. A la génération suivante leur neveu, Antoine Le Couteulx, y ajoutait, vers 1670 , une banque. Cette nouvelle orientation des négociants normands allait être décisive pour l’ascension de leur groupe. Leur maison s’installait ensuite rue Bon-Conseil avant d’acquérir, rue Montorgueil, à l’aube du XVIIIe siècle, une grande notoriété (6). En 1724, les maisons de Paris et de Rouen ouvraient une filiale à Cadix. Dès lors, les trois établissements se prêtèrent main forte, tout en maintenant une division du travail qui leur permettait de jouer sur de nombreux registres.
Le dernier quart du siècle va être, pour le groupe, la période d’activité la plus intense. Le comptoir de Cadix lui permet de bénéficier largement des échanges avec l’empire colonial espagnol. A Paris, Le Couteulx et Cie est devenu, à la fin du règne de Louis XV, l’une des trois plus solides maisons de la capitale, à égalité avec Tourton et Baur, et Thellusson Necker.
Première par ordre d’ancienneté et de longévité, devançant de plusieurs décades la banque protestante Mallet établie en 1713, la maison Le Couteulx traversera le siècle sans éclipse. Elle a pour caractéristique d’être catholique et strictement familiale. Les chefs de l’établissement rouennais, négociants et armateurs pour les deux Indes, occupent pendant deux siècles à tour de rôle d’importantes fonctions municipales. Tous les membres de la famille ne se consacrent d’ailleurs pas au commerce : certains d’entre eux sont avocats, conseillers au parlement de Normandie, ou achètent des charges de secrétaires du roi. Les dirigeants de la banque parisienne se voient offrir des emplois à la Cour. Une concertation continue existe entre les uns et les autres, ce qui favorise la cohésion et l’enrichissement des stratégies. A Cadix, la conduite des affaires est assurée par les futurs chefs des maison de Rouen et de Paris qui font pendant plusieurs années leur apprentissage dans ce grand centre de commerce colonial.
Le prétexte de la réunion qui va se tenir à la Malmaison en cette fin d’avril est justement le départ pour Cadix de l’un des benjamins de la famille, Louis Le Couteulx de Caumont. Son père appartient à une branche issue d’un Guillaume, « marchand bourgeois de la ville de Rouen » où il s’était établi vers le début du XVIIe siècle.
François-Leonor Le Couteulx, dont le fils a fait suivre son patronyme du nom d’une de leurs terres (7), a des allures de patriarche bien qu’il n’ait pas dépassé la cinquantaine. Anobli en même temps que son frère, le sire des Muttes, en 1764, il a exercé la profession d’avocat avant de devenir procureur général au Parlement de Rouen. Tandis que son frère faisait carrière dans la banque, il n’y a joué aucun rôle. Mais il s’est fait un devoir de venir présenter son fils Louis qui, refusant de suivre ses traces dans la magistrature, est destiné par la famille à prendre sa place dans les affaires.
Pour mettre en selle le jeune homme que l’on ne connaît guère à Paris, deux de ses oncles sont venus de la capitale normande. Le plus âgé, Antoine-Louis Le Couteulx, approche la soixantaine. Il a marqué de sa forte personnalité la filiale de Cadix qu’il a longtemps dirigée avant de mener de main de maître la maison de commerce rouennaise tout en occupant les fonctions de maire de la ville. Son fructueux séjour en Espagne, les amitiés qu’il y a liées, l’ont fait surnommer « Don Luis « (8)
Le second, Antoine Le Couteulx, sire de Verclives, vient d’atteindre cinquante-quatre ans. Devenu, après son cousin Antoine, premier magistrat de Rouen en 1773, il va bientôt quitter la charge qu’il cumule avec ses fonctions de chef de la maison de commerce. La vie ne l’a pas ménagé : il a perdu deux épouses. La troisième est une Le Couteulx. Sur le chemin de Rueil, il a fait halte au Mesnil-Verclives, un élégant château de brique et de pierre, acquis en 1768 et situé en bordure de la forêt de Lyons.
Le doyen de la famille, Barthélémy Thomas, ne sera pas du voyage. Non qu’il soit trop âgé pour se déplacer : à soixante-deux ans il est encore très vert. Mais, chef incontesté du clan, il n’est consulté par les siens que dans les grandes occasions. On l’appelle « le Président » car il remplit les fonctions de premier président de la Cour des Comptes, Aides et Finances de Normandie. Par contre son fils, Jean-Barthélémy, est attendu à la Malmaison.
A trente ans, celui-ci a déjà fait preuve d’exceptionnelles qualités de négociant et d’administrateur, que ce soit à Cadix, aux côtés de Jacques-Jean du Molay en 1766, puis en responsable du comptoir andalou, ou à Rouen, où il est l’associé de Verclives. Grand, élancé, le front haut, le nez un peu busqué, il ne manque pas d’allure.
Il a épousé tout récemment sa cousine Anne, fille d’un premier mariage de Verclives (9). De vaste culture et disciple de Rousseau Jean-Barthélémy tempère, grâce à son rude bon sens et son pragmatisme bien normand, des penchants idéologiques qu’il partage avec nombre de ses contemporains.
La réunion de famille qui se tient à la Malmaison n’a pas le caractère très professionnel des assemblées qui regroupent annuellement les dirigeants des deux firmes dans une maison possédée en commun et située près de Vernon, à mi-chemin de Rouen et de Paris. « Là sont apportés tous les registres des établissements », précise Pierre-Nicolas Berryer, qui sera l’ami et l’avocat des Le Couteulx pendant un quart de siècle (10). On y procède à l’inventaire, on harmonise les stratégies mais les affaires purement familiales ne sont pas exclues de la discussion. Dans ce clan aux structures patriarcales, les prises de décision sont collectives. On gère en commun les unions proposées pour les filles comme les projets d’avenir des garçons, les plus brillants étant destinés à faire carrière dans le négoce ou la banque.
En ce mois d’avril 1776, Jacques-Jean du Molay et son épouse songent surtout à offrir à leurs parents une hospitalité raffinée dans le cadre d’une demeure rénovée. Mais le maître de maison se propose aussi d’évoquer politique, conjoncture, finance, toutes les affaires d’un monde en pleine effervescence.
Quoique de taille moyenne, la Malmaison est assez spacieuse pour accueillir tout le monde. Auprès du château s’élève un bâtiment qui a été aménagé pour servir de pied-à-terre aux propriétaires lorsqu’ils ne font que passer rapidement. On y logera les enfants. Ainsi seront représentées trois générations de cette lignée prolifique qui ne compte pas moins de treize branches (11).
Déjà les jours allongent et il reste suffisamment de lumière pour que le salon turc fasse grand effet sur les invités. Sophie a choisi pour les murs des papiers décorés d’arabesques et fait recouvrir les canapés de nankin couleur puce. Des pentes de forme turque encadrent les rideaux de gaze brochée. Le grand salon voisin est éclairé de deux croisées donnant sur le jardin. Des voyeuses, fauteuils et chaises en acajou, tapissés de maroquin vert, des bergères et des canapés garnis de soie de même couleur rappellent les préférences de la Maîtresse de maison ; un paravent en papier de Chine, une table de tric trac, des
meubles d’acajou rehaussés de bronze doré complètent la décoration de la pièce qu’égaie un grand trumeau de glace au-dessus de la cheminée.(12)
Les parents venus de Normandie admirent en connaisseurs les aménagements de la Malmaison. A Rouen ils possèdent deux vastes hôtels, l’un rue de l’Epicerie où vivent Jean-Barthélémy et son épouse, l’autre rue aux Ours,
non loin de la cathédrale et à deux pas de la paroisse Saint-Pierre-du-Chatel. C’est là que se succèdent les Verclives, les « Antoines », comme on les appelle, car ils portent le nom de père en fils. Construite en colombages la demeure, qui a
grande allure, est composée de quatre corps de bâtiments et de deux cours intérieures. Une partie du rez-de-chaussée est à l’usage de « comptoirs » et sert de siège à la maison de commerce.
La vie de grande bourgeoise qu’y mène Aimée de Verclives se déroule dans un décor sans doute moins au goût du jour que celui de la Malmaison. Il est cependant raffiné. Presque tous les appartements sont lambrissés et fastueusement décorés. Les mécènes que sont les Le Couteulx possèdent de fort belles peintures : leur dernier achat est un grand sujet floral de Bellanger, critiqué par Diderot lors de son exposition au salon de 1775, mais qui est du meilleur effet. Férus de peinture et de musique, les Le Couteulx ont, au milieu du siècle, ouvert une partie de leurs magasins pour y installer la première école gratuite de dessin créée en France (13).
Pendant que les dames admirent l’aménagement des salons, les hommes se sont installés dans la grande bibliothèque, autour d’un poêle en faïence. Jacques-Jean du Molay aborde un sujet qui est alors le centre d’intérêt du monde des affaires : il s’agit de la création d’un organisme financier dont l’Ecossais Clouard et le Vaudois Panchaud, banquier à Paris, ont eu l’idée et à laquelle Beaumarchais prête la plus grande attention. Le nouvel établissement émettra des billets remboursables à trois mois qui permettront de gonfler la masse monétaire. De plus, il stimulera la production par une politique de crédit à bon marché en escomptant les lettres de change à un taux d’intérêt qui ne dépassera pas 4 % l’an. Il recevra des dépôts et effectuera des paiements pour les particuliers qui s’y feront ouvrir un compte. Mais ce qui importe surtout, aux yeux de Turgot, c’est que cette banque privée procurera à l’Etat un crédit de dix millions de livres. Beaumarchais a défendu le projet auprès de Maurepas et à su triompher de ses objections. Le contrôleur général Turgot s’est aussitôt rallié « à cette révolution si favorable ». La création de cette institution, qui portera le nom de « Caisse d’escompte », a été autorisée par arrêt du Conseil du 24 mars 1776. La caisse doit commencer ses opérations le 1er juin de la même année et sera dirigée par sept administrateurs.
L’un de ces postes vient d’être proposé à Jacques-Jean du Molay. Il souhaite fournir à ses associés des maisons de Paris et de Rouen tous les éléments leur permettant d’approuver une décision qui n’est pas encore définitive. Indépendante du Trésor et de la Finance officielle, la Caisse, leur explique-t-il, sera « occupée du commerce des matières (d’or et d’argent). Cette branche pourrait devenir considérable et très utile pour notre maison de Cadix ». (14)
La banque Le Couteulx exerce déjà, à l’époque, les fonctions d’une banque contemporaine : dépôt de fonds, escompte, avances sur titres, crédit à découvert, négoce des lettres de change. Mais parmi leurs soixante-dix confrères connus à Paris, ses dirigeants ont une spécialité : ils sont les principaux importateurs de l’argent métal espagnol qui alimente les hôtels des Monnaies. D’où l’intérêt que pourrait représenter pour eux la nouvelle institution.
Chacun estime la proposition qui a été faite à Jacques-Jean du Molay flatteuse et bénéfique pour l’avenir du groupe. L’intéressé se fait néanmoins prier. C’est un homme occupé. Outre ses responsabilités professionnelles, il doit gérer une fortune considérable. Ses deux propriétés du Molay et de la Malmaison, son hôtel de la rue Chantereine à Paris, ses voyages à Amsterdam et à Londres, la place qu’il tient dans la société et le soin qu’il prend d’y faire bonne figure, tout ceci lui laisse peu de loisirs…Or c’est un homme qui aime prendre le temps de bien vivre.
« Je n’aime point tout ce qui gêne, avoue-t-il à ses cousins. Je serais cependant tout prêt à accepter cette charge, à faire ce sacrifice, pour le bien de notre maison » (15)
La décision définitive sera prise quelques jours plus tard lorsque le « président » Le Couteulx, que du Molay appelle parfois « notre vénérable » aura tranché en faveur d’un poste dont l’avenir révélera l’importance.
A la fin d’une soirée qui s’achève tardivement, Jacques-Jean et Sophie promettent à leurs hôtes, pour le lendemain, la découverte du parc nouvellement aménagé.
La partie sud de la propriété, plantée de bois, conserve encore à peu près le tracé ancien avec ses pattes d’oie et ses allées rectilignes. On va y découvrir le belvédère et s’émerveiller du cabinet d’histoire naturelle. An nord se situe le Jardin potager avec ses six bassins ; plus près du château, sur le chemin du retour, on visitera l’orangerie, encore garnie de ses arbustes parfumés, la serre, les écuries, la bergerie et la vacherie. La Malmaison est une exploitation prospère avec ses troupeaux et son importante basse-cour. On peut y vivre en
économie fermée en consommant les laitages, fromages, légumes et volailles, tous les produits frais et savoureux de la ferme. Les terres sont excellentes : on y cultive une vigne dont on peut tirer jusqu’à douze pièces de vin. Jean Lhuillier, le jeune régisseur du domaine, fait les honneurs de la cave avec beaucoup d’esprit.
Il a ménagé pour la fin une promenade en barque sur la rivière, ce qui permettra d’admirer, le long des berges, les arbustes en bourgeons et les plantations récentes dont il est fier. Sur les petites îles, des hydrangeas importés d’Angleterre promettent une abondante floraison. Des cygnes glissent autour des embarcations qui emportent cette famille heureuse vers des lendemains que chacun pare des couleurs de son espoir…
Au début de l’année 1785, une jeune femme au charme subtil était entrée dans la famille : c’était Françoise Pourrat, l’épouse de Laurent de La Noraye. Les cousines devinrent les meilleures amies du monde. Née dans la joie leur connivence s’affermirait dans l’épreuve…
Jean-Louis de La Noraye était devenu propriétaire de la terre de Villefix, fief noble relevant de Champs, près de la capitale. Plus ambitieux, son frère Laurent faisait, le 12 mai 1787, l’acquisition du château de Voisins à Louveciennes pour la somme de 120 000 livres. Le domaine avait appartenu aux Cavoye, puis à la princesse de Conti. A sa mort, en 1775, le marquis de Castellane achetait Voisins 80 000 livres et revendait le château douze ans plus tard aux La Noraye en réalisant un confortable profit.
Les Le Couteulx, qui voyageaient beaucoup professionnellement - Londres, Amsterdam, Madrid, Cadix – se déplaçaient sans cesse pour l’agrément entre leurs diverses propriétés. Les routes de France étaient alors très améliorées. Pour les longs voyages on employait la « turgotine » rapide mais de confort relatif car on cheminait avec douze au quatorze personnes. En Normandie, région bien desservie, on pouvait compter sur vingt diligences par semaine. Mais comme tous les gens fortunés, les Le Couteulx utilisaient leurs propres voitures et possédaient des remises et des écuries bien garnies.
De tous les cousins, Jacques-Jean du Molay était sans doute celui qui menait le train de vie le plus fastueux et se déplaçait le plus volontiers. En juillet 1782 on le voit quitter avec son épouse leur hôtel de la rue Chantereine pour se rendre à la Malmaison d’où l’on envoie les chevaux de selle faire étape à Farceaux, escale obligatoire auprès du « vénérable » qui porte allègrement ses soixante-huit ans. Quelques jours plus tard, les du Molay séjournent chez Jean-Barthélémy à Canteleu, avant de faire route vers le château du Molay, près de Bayeux. Un saut à Cherbourg, en cet été pluvieux, puis, à la fin du mois, sur le chemin du retour, on profite d’une nouvelle halte à Farceaux pour rendre visite
aux Verclives dont le château Louis XIII, tout proche, domine les coteaux du Vexin (16).
Ayant mené avec ses cousins et beaux-frère les affaires de la maison à leur apogée, Jacques-Jean, « le roi de la banque », fait désormais preuve d’une volonté de puissance qui écrase son entourage. En prenant de l’âge et du poids, le propriétaire de la Malmaison ne se montre pas souvent sous son meilleur jour. Ses contemporains sont là pour en attester, que ce soit Elisabeth Vigée-Lebrun, l’Américain Gouverneur Morris ou le baron de Frenilly qui le décrit comme « un gros, grand homme mal bâti, grossier, brutal, débauché ». Mais peut-être ne faut-il pas accorder trop d’importance aux propos du futur mémorialiste qui ne pardonna jamais au banquier de lui avoir refusé sa fille.
Extérieurement, le ménage du Molay est uni. Sophie est encouragée par son mari à recevoir tout ce qui compte dans le monde des lettres, de l’art, de la finance. Madame Vigée, épouse du peintre Lebrun, fait partie du cercle des amis depuis qu’elle a, en 1781, fait les portraits des tout jeunes enfants de Sophie, Pauline-Lorette et Jacques-Félix. La même année, elle trace pour la première fois les trait encore harmonieux de Mme du Barry, qui vit retirée non loin de Rueil, dans sa propriété de Louveciennes. Quelques années plus tard, en 1787, Elisabeth Vigée-Lebrun, dont la réputation s’est établie dans l’Europe entière, séjourne à la Malmaison pour exécuter le portrait de Sophie. On l’y voit parvenue au plein épanouissement de sa féminité, les cheveux vaporeux et naturels sous la toque enrubannée, avec ce teint éclatant et sans apprêt qui fait une partie de son charme…
Hôtesse parfaite, Sophie du Molay a la réputation de prendre grand soin de ses invités. L’un des familiers de la Malmaison est cependant d’humeur difficile : c’est Bernardin de Saint-Pierre dont le roman, Paul et Virginie, a enchanté les cœurs sensibles. On y a découvert une beauté nouvelle des images. Lu et relu, le texte représente, pour ces gens qui ne voyagent guère, une invitation à l’exotisme en chambre. Bref, si à Rueil on vénère Rousseau, on adore Bernardin de Saint-Pierre. Et cependant l’homme n’est pas plaisant. Il se montre de plus en plus sauvage et misogyne. Est-il séduit par l’accueil de Sophie ou par la beauté des jardins de la Malmaison ? Il y séjourne fréquemment et y rencontre les amis des Encyclopédistes qu’il n’affectionne pas. Mais les du Moly savent mettre à l’aise leurs hôtes de goûts parfois opposés.
A L’un de ses séjours, le poète des Etudes de la nature amène son chien qui tombe malade. Sophie le fait soigner, droguer, mais le chien meurt. Le lendemain, Bernardin ne paraît pas à l’heure du déjeuner. On fait prendre des nouvelles : la chambre est vide mais quatre lignes sur une table expriment la
fureur de l’écrivain qui prétend qu’on a tué la pauvre bête. On fait alors à cet animal chéri des funérailles en bonne et due forme en aménageant dans le parc un petit tombeau sur lequel est planté une branche de saule. Sophie écrit au poète pour lui dire les égards qu’on a eus pour son chien. Barnardin ne répondra pas et on ne le verra plus guère (17).
On rencontre à la Malmaison une enfant qui promet d’être ravissante : c’est Teresa Cabarrus, la fille du banquier espagnol allié des Le Couteulx. En l’absence de ses parents retenus à Madrid, Jacques-Jean du Molay se comporte en tuteur de la jeune fille venue parfaire son éducation à Paris et qu’on a confiée aux religieuses bénédictines de la Présentation, rue des Postes. Lorsqu’au début de l’année 1787 François Cabarrus se rend en France pour régler l’affaire du rachat des actions de la banque Saint-Charles, son épouse l’accompagne et prend avec elle Teresa qui a maintenant quatorze ans. Elle est bien jeune pour qu’on songe à la marier et cependant son père aimerait profiter de son séjour à Paris pour lui trouver un époux à sa convenance.
Les Le Couteulx sont mis à contribution et cherchent parmi leurs relations le jeune homme, si possible titré et ne manquant pas de moyens financiers, qui mériterait cette alliance flatteuse avec une beauté précoce, par ailleurs fort bien dotée.
A peine Cabarrus est-il de retour à Madrid que Lalanne, l’un de ses associés dans l’affaire du canal Saint-Denis, lui fait savoir qu’on a trouvé l’oiseau rare. Il s’agit de Jean-Jacques Devin, « chevalier, conseiller du roi en sa Cour de Parlement », qui est le neveu des du Molay (18). La jeune fille a-t-elle seulement rencontré celui qu’on lui destine ? Rien n’est moins sûr. Ce qui importe, ce sont les tractations qui s’engagent pour régler l’avenir financier des futurs époux. Jacques-Jean du Molay s’est peut-être beaucoup avancé en prévoyant que la dot de Teresa s’élèverait à 500 000 livres alors que Cabarrus pensait plutôt à 400 000. Il va falloir trouver une façon d’aménager le complément, car la famille est gourmande, Le fiancé, de douze ans l’aîné de Teresa, à hérité de sa mère une fortune qui s’élève à plus d’un million de livres et on laisse entendre qu’il a des « espérances » pour l’avenir. Jean-Jacques use de la particule, comme son père. Il s’est attribué le nom de sa terre, située à Fontenay. Bientôt il portera le titre de marquis de Fontenay, ornement inutile dans une famille où le talent ne manque pas. Il semble, pour sa part, n’en avoir guère.
François Cabarrus fait parvenir son consentement, sans avoir vu le futur gendre qu’on a peut-être choisi un peu vite. Mais le banquier à toutes les raisons d’envisager avec confiance cette union avec un neveu de ses amis Le Couteulx. Le contrat est dressé le 2 février 1788. A la signature de l’acte comparaissent Jacques-Jean du Molay et sa femme aux côtés de Mme Cabarrus et l’oncle Lalanne. Le comte de Fernan Nunez, ambassadeur de sa Majesté Catholique en France, est premier signataire, avec ses collaborateurs Domingo de Iriarte et le chevalier d’Ocariz. Toute l’ambassade s’est déplacée pour témoigner de l’importance presque symbolique accordée par les officiels espagnols à l’union de la fille du « directeur perpétuel » de la Banque nationale avec un parent des Le Couteulx.
La cérémonie religieuse aura lieu le 21 février, en l’église Saint –Eustache. Teresa qui est grande et admirablement faite a tout juste quinze ans. L’oncle du marié, l’ancien contrôleur général des Finances, François de Laverdy, la haute banque et les grands financiers du royaume assistent à ce mariage célébré sous les plus heureux auspices. Jacques-Jean du Molay se félicite sans doute d’une union qui rapproche les intérêts de sa famille de ceux de Cabarrus. Celui-ci ne parviendra-t-il pas à persuader la junte de confier à nouveau aux Le Couteulx l’exclusivité de l’importation des piastres ?
Deux ans plus tôt, le 3 mai 1786, un autre mariage avait défrayé la chronique familiale et déchaîné les langues des bourgeois de Rouen. Pierre-Ambroise Choderlos de Laclos, capitaine d’artillerie, venait d’épouser Marie-Soulange Duperré après trois ans d’une liaison clandestine et passionnée. Une alliance éloignée faisait des Duperré, très honorable famille d’origine rouennaise, les parents des Le Couteulx (19). De dix-huit ans la cadette de son mari, la jeune fille, solide et raisonnable, ne ressemblait en rien à la « Merteuil », héroïne perverse des Liaisons dangereuses. Orpheline d’un père haut fonctionnaire de La Rochelle, où Laclos avait été affecté, elle menait une vie tranquille avec sa mère et d’innombrables frères et sœurs.
Il avait fallu à Pierre-Ambroise beaucoup de persévérance pour obtenir la main de Marie-Soulange, Mme Duperré refusant d’accepter pour gendre l’auteur d’un roman licencieux.
A l’automne 1787, Pierre-Ambroise installe sa femme à Versailles où il la rejoint le plus souvent possible pour fuir la grisaille de ses garnisons successives. En octobre 1788, il retrouve les siens pour un long congé qui lui permettra d’assister au prologue de la Révolution et de se faire une place dans le monde politique et littéraire. Bientôt le ménage fait plus ample connaissance avec le Le Couteulx et se lie avec Mme Pourrat, à laquelle Laclos vouera jusqu’à sa mort une amitié fidèle.
Le salon de Sophie à la Malmaison avait maintenant pour rival celui de sa belle-sœur Fanny de La Noraye à Voisins. Les côteaux de la Seine qui s’étagent entre les berges du fleuve et la forêt de Marly étaient alors parsemés de petits villages. L’élégant château des Cavoye dominait cette campagne paisible. Sa ferme au toit d’ardoises était surmontée d’un clocheton où la « Cavoise » se faisait entendre à tous les échos. Jadis site rêvé pour les courtisans qui s’y trouvaient à portée des résidences royales, Louveciennes, à la limite extrême du cercle du « grand Paris », offrait bien des avantages à Laurent de la Noraye. Il pouvait traiter facilement à Versailles les affaires officielles pour les mois chauds de l’année où l’on préférait séjourner à la campagne.
Voisins avait été aménagé dès l’été 1787. Les Pourrat prirent l’habitude de s’y installer quand paraissaient les beaux jours, en compagnie de leur seconde fille Jeanne, aussi primesautière et mondaine que sa mère et en tout différente de la discrète Fanny. Grâce à leur gaieté, leur esprit, elles attiraient chez les La Noraye une société brillante, celle qui fréquentait aussi la Malmaison, la propriété de l’académicien Suard à Fontenay-aux-Roses ou le salon des Montmorin à Paris.
Depuis que le comte de Montmorin-Saint-Hérem avait succédé, le 14 février 1787, à Vergennes, on menait grand train dans l’hôtel de la rue Plumet – l’actuelle rue Oudinot – où les deux filles du ministre, Victoire de La Luzerne et Pauline de Beaumont, recevaient auprès de leurs parents…
La banque se trouve en 1789 à un tournant de son histoire. Le contrat d’association qui était renouvelé périodiquement entre la maison de Paris – trois cinquièmes, trois gérants – et celle de Rouen – deux cinquièmes, deux gérants – et qui avait été récemment reconduit, venait d’être modifié, le 24 décembre 1788, à l’occasion du départ de Jacques-Jean du Molay et de Jean-Louis de La Noraye. La nouvelle association ne comptait plus que trois dirigeants, Antoine de Verclives et Jean-Barthélémy de Canteleu continuant à gérer les affaires en Normandie, tandis que Laurent de La Noraye assumait seul les responsabilités à Paris. Mais son mandat parlementaire va bientôt interdire au député de Rouen des activités bancaires officielles. Il va devenir le conseiller de son cousin Laurent dont il a toujours été le mentor.
Qu’est-ce qui pousse du Molay, « le roi de la banque », à abandonner la partie ? Sans doute la mésentente qui couve depuis longtemps et s’aggrave au moment de la liquidation de l’ancienne société. Peut-être aussi ses appétits de jouisseur. A près de cinquante ans, parvenue au faîte de la fortune, Jacques-Jean du Molay vit luxueusement entre son château normand, sa demeure parisienne et son élégante villégiature de Rueil. Il vient d’acquérir un imposant hôtel construit par Brongniart au 112 de la rue Richelieu.
En tant qu’épouse, sœur, cousine, Sophie du Molay souffre des dissensions apparues depuis plusieurs années déjà entre des partenaires qu’elle voudrait empêcher de « rompre le faisceau. » « A l’instant même de notre éparpillement, écrit-elle, notre ancienneté disparaîtrait subitement et les Le Couteulx, que le roi Louis XV avait appelé "« les Montmorency du commerce », seraient bientôt perdus dans la poussière des anoblis… La puissance singulière que forme la réunion de nos fortunes s’évanouirait pour réduire chacun de nous au triste sort de richard… »
Si son frère aîné, le sage Jean-Louis de La Noraye, demeure le conseiller de la banque, il n’en prend pas moins ses distances car il « a la volonté de vivre heureux et ne croit pas la chose possible entre trois personnes d’un caractère si différent. » Il pense que Laurent aime le grand monde et que « c’est pour lui, de nous trois, qu’il est le plus dangereux de rester sans état. » L’effacement progressif de Jean-Louis ne se fait pas sans amertume car sa fortune ne s’est pas accrue malgré son acharnement à bien servir la maison, et il n’en a pas été dédommagé « par l’agrément d’être connu dans la ville… »
Dans le monde, les Le Couteulx font bonne figure et donnent, comme jadis, l’impression d’être unis.
A trente- six ans, Sophie a conservé le teint de lait et les joues à cidre de sa jeunesse. Sa fraîcheur pulpeuse de paysanne normande n’exclut pas un port aristocratique et une assurance tranquille. Elisabeth Vigée-Lebrun, qui la cite parmi ses meilleures amies, la décrit comme « une jolie femme, très à la mode. » Et elle ajoute : « Son esprit n’électrise pas mais elle comprend celui des autres avec intelligence ». Joli compliment, à peine empoisonné, et fine note psychologique à mettre au crédit du peintre.
Sophie adore plaire, mais pas à n’importe qui. Elle a le goût des esprits bien faits et désire s’en entourer, ce à quoi elle réussit fort bien. Recevoir est pour elle, plus qu’un plaisir, une vocation, une raison d’être qu’encourage un mari soucieux de sa propre liberté. Ses lundis sont des fêtes qui ne ressemblent à rien d’autre. Elle y cultive l’art de la simplicité, du naturel cher à Rousseau. Il s’agit de faire en sorte que rien ne soit apprêté mais que tout soit parfait. Gouverneur Morris la voit en stratège préparant soigneusement, la semaine précédente, l’événement que sera ce souper, événement philosophico-politique s’entend, car Sophie ne se veut pas mondaine. Chez elle on ne craint ni le bruit, ni le désordre de la discussion, ni même un certain laisser-aller vestimentaire…
Toujours acerbe lorsqu’il s’agit de la coterie Le Couteulx à laquelle il n’appartient pas, Brissot de Warville prétend avoir horreur des « femmes littérateurs » et des « présidentes » qui règnent sur les salons. On en trouve partout, dit-il. « C’est une madame Le Couteulx, chez qui j’ai aussi eu le malheur d’être conduit, épouse d’un Turcaret, sachant par cœur le roman des Incas et rompant des lances pour le « Barmécides…» On ne peut plaire à tout le monde. Pour Brillant qu’il soit, le salon de Sophie a ses détracteurs…
Le prince Henri de Prusse, frère du grand Frédéric, l’a rencontrée au cours de son voyage à Paris durant l’hiver 1788. D’une extrême francophilie, il cherche toutes les occasions de sortir de son château de Rheinsberg où il s’ennuie. Pas d’enfant, pas de goût, dit-on, pour les femmes. Et cependant il tombe sous le charme de Sophie avec laquelle il correspondra longtemps. Il évoquera, treize ans plus tard, dans une lettre écrite à l’occasion du voyage en Prusse du jeune Félix Le Couteulx, l’image qu’il a gardée de la Malmaison où l’on avait organisé une fête en son honneur : « Enfin verrai-je, écrira-t-il, quelqu’un qui vous est cher, un fils qui me donne la preuve de votre souvenir. Peut-on avoir plus de bonheur dans un aussi grand éloignement que celui que j’éprouve à parler de vous…(20)
L’abbé Placiard précepteur de Félix, exprime dans ses mémoires sa jalousie admirative pour les sentiments que Sophie a inspirés à un si illustre visiteur.
D’autres abbés, de tempéraments bien différents, accourent à la Malmaison. Jacques Delille, la cinquantaine bien portée, est le poète des jardins. Elisabeth Vigée-Lebrun prétend qu’il n’a été toute sa vie qu’un enfant : « On l’appelait chose légère, ajoute-t-elle, car il ne faisait qu’effleurer la vie » (2) Sa conversation est si fine et si divertissante qu’on se l’arrache. Dans le parc de la Malmaison, raconte Elisabeth, il était convenu de se promener une branche de verdure à la main si l’on ne désirait pas être abordé mais plutôt rester à ses rêveries solitaires : « Je ne marchais jamais sans ma branche mais si j’apercevais l’abbé Delille, je la jetais bien vite. »
Dans ses « pièces fugitives » l’académicien, traducteur des Géorgiques, consacre à « madame du Molé », à l’occasion de sa fête, un poème qui célèbre son charme et sa beauté. Le dieu du ruisseau qui traverse les jardins de la Malmaison s’exprime en ces termes :
« Allez baigner des rois le séjour enchanté
Moi j’arrose les lieux où se plaît la beauté »’
Le poème, écrit probablement après le retour du voyage que l’abbé fit à Constantinople pour accompagner l’ambassadeur de Choiseul Gouffier en 1784, se termine de la façon suivante :
« J’aime à répéter dans mes eaux
L’azur des cieux, les fleurs de mon rivage
Et la verdure des berceaux ;
Mais j’aime cent fois mieux réfléchir son image. »
Morellet est, comme l’abbé Delille, homme de lettres et membre de l’Académie. De tradition encyclopédique, il est philosophe et artiste plus que politique, mondain plus que religieux. Il a su rester à la fois l’ami de Turgot et de
Necker qui se détestaient, mais aussi celui de Condorcet dont il fut condisciple au séminaire de la Sorbonne, et de Pierre Samuel Dupont. On le rencontre à Louveciennes comme à Rueil.
Un esprit domine tous les autres dans ces salons où l’on agite beaucoup d’idées sur la réforme des institutions : c’est celui de Sieyès, l’abbé au cœur froid et à la tête bien faite qui va devenir l’un des hommes les plus en vue de la société politique. Personnage énigmatique, qui compte plus d’admirateurs que d’amis, il n’est d’Eglise que par la volonté de sa famille. S’il montre la plus grande rigueur intellectuelle, il ne dédaigne pas la fréquentation des salons. Tout est contraste, chez lui : de comportement fort peu ecclésiastique, il n’en défend pas moins le clergé et le ménagera au cours des débats futurs à l’Assemblée nationale. Il a publié, à la fin de l’année 1788, son pamphlet sur le Tiers-état qui se vendra en quatre éditions triomphales. Il s’y montre ennemi juré de la noblesse et ne voit en elle qu’une excroissance inutile. Le Tiers, au contraire, c’est la Nation elle-même, c’est-à-dire l’origine de tout.
De rares tenants des hiérarchies traditionnelles fréquentent les salons des Le Couteulx et, surtout à la Malmaison, ils sont choqués par le ton véhément que prennent parfois les conversations. Gouverneur Morris et Elisabeth Vigée-Lebrun sont des leurs. « On eut dit un vrai club », écrit celle-ci en se souvenant d’une réception chez Sophie. « Monsieur du Molay hurlait contre les nobles. »
C’est de la Malmaison, où elle passait l’été, que Sophie s’était rendue à Meung, puis à Cheverny, pour faire ses adieux à Don Pablo. Sans doute la propriété de Rueil était-elle plus près de son cœur que le vaste château où elle avait passé des mois d’angoisse et d’isolement pendant la Terreur. Son mari préférait au contraire les bords de la Loire, et songeait à se défaire de la Malmaison. Non qu’il ait eu de sérieux revers de fortune. Il était, avec 24 211 francs de contributions à régler, le premier des trente citoyens les plus imposés du Loiret et demeurerait l’un des contribuables les plus taxés de l’Empire. Trois propriétés et un hôtel parisien pesaient sans doute à un homme devenu plus sédentaire avec l’âge.
Les acquéreurs ne se bousculaient pas en cette période où l’économie tentait difficilement de prendre un nouveau départ. Sophie continuait donc, comme par le passé, à profiter de sa villégiature favorite et à y inviter ses amis ainsi que ceux de sa fille Noailles.
« J’eus aussi, cet été-là, se souvient le baron de Frénilly, de beaux jours à la Malmaison, dans le château de M. du Molay où par bonheur on ne le voyait jamais… Le rez-de-chaussée faisait une très longue enfilade décorée avec beaucoup d’élégance. Du côté du Mont-Valérien était la salle à manger et à l’extrémité opposée l’appartement de Mme du Molay, séparé de la grande route de Saint-Germain par un jardin en terrasses. Il y avait une belle et charmante bibliothèque où tout respirait le souvenir de l’abbé Delille qui avait été la divinité de ce temple, le poète et l’ami de Mme du Molay. »
Au cours de l’été 1798, le baron de Frénilly rencontre Dupont de Nemours à la Malmaison. A peine radié des listes des « fructidorisés », Pierre Samuel avait fait le projet de quitter la France où ses affaires d’imprimerie étaient très compromises. L’Institut l’avait désigné pour remplir des missions de « savant voyageur », ce qu’il comptait mettre à profit pour monter en Amérique, avec ses fils, une société en commandite. Cette visite à Rueil, peut-être la dernière avant son départ l’année suivante est, sans qu’il s’en doute, un adieu. Le salon de Sophie jette ses derniers feux. Toujours aussi littéraire, l’hôtesse demande à Pierre Samuel de lire, dans la bibliothèque, sa traduction du Roland furieux de l’Arioste. il s’exécute. Bien qu’il approche la soixantaine, on le prendrait, note le chroniqueur, pour « un jeune homme d’une très belle espérance. »
Cédant au désir de son mari, Sophie s’est résignée à l’idée de se séparer de la maison qui a été pour elle le lieu du rêve, de la fête, de l’amour. Elle souhaite que cette demeure aimée tombe en de bonnes mains et va s’y employer. « Mme Le Couteulx, avec laquelle j’avais de fréquents rapports d’intimité », raconte le peintre Isabey qui était à l’époque maître de dessin de la jeune Hortense de Beauharnais, « me chargea de faire des ouvertures à madame Bonaparte au sujet d'une propriété qu’elle possédait près de Rueil. Celle-ci consentit à la visiter et l’acquisition fut faite sur l’heure même. »
Voulant sans doute poser devant l’histoire comme l’intermédiaire entre les deux femmes, Isabey exagère beaucoup. Joséphine vint en effet visiter la Malmaison avec son mari dans les premiers mois de l’année 1798, en compagnie de Jean-Barthélémy de Canteleu que sa cousine avait prié de servir d’intermédiaire. Bonaparte fit une offre de 300 000 francs, avant son départ pour l’Egypte. Mais l’affaire ne devait être conclue qu’un an plus tard.
La future impératrice connaissait la propriété des Le Couteulx depuis les jours de la Terreur. Elle avait alors loué à Croissy, localité voisine de Rueil, une résidence d’où elle pouvait apercevoir les toits du château et rêver de son parc magnifique. Mais elle n’était à l’époque qu’une veuve sans ressources. C’est à la fin de l’année 1798 qu’elle va se décider, sur les conseils de Chanorier, le maire de Croissy, qui souhaite l’avoir pour voisine, à acquérir la Malmaison pendant que son mari occupe Suez.
Les moyens financiers de Joséphine sont cependant assez réduits. Toujours à court d’argent, elle n’hésite pas à solliciter ses amis, Jean-Barthélémy en particulier, auquel Bonaparte a confié une somme à faire fructifier avant son départ pour l’Egypte. La demande pressante de Joséphine, en novembre 1798, met Canteleu dans l’embarras. Il écrit à Joseph que « la citoyenne Bonaparte semble être dans le besoin (21). » « Je ne lui ai pas dissimulé, ajoute-t-il, que la somme confiée à ma maison resterait intacte jusqu’au moment où le général votre frère, ou son porteur de procuration, me permettrait de la payer dûment. » Jean-Barthélémy va donc prêter pour son compte 25 000 francs à Joséphine et se dit toujours prêt à confier à Joseph les fonds nécessaires pour les acquisitions du général.
S’agit-il déjà de préparer les paiements de l’achat de la Malmaison ? Ce n’est pas évident. L’affaire n’est vraiment reprise que le 31 décembre 1798, lorsque Chanorier va visiter le domaine : « J’ai passé ce matin quatre heures à la Malmaison, et y ai trouvé madame du Molay, écrit-il à Joséphine. Si vous étiez aussi riche que le public le croit, je ne vous parlerais que des agréments de la plus jolie habitation que je connaisse… »
Dans cette affaire, qui sera discutée âprement, Sophie va se montrer une négociatrice habile. Elle commence par faire état d’une lettre dans laquelle on lui propose 200 000 francs comptant de la propriété, sans les meubles, et un domaine national de 11 000 francs de rente. Lorsqu’on lui demande son dernier mot, elle réclame 300 000 francs en rappelant que Bonaparte, un mois après sa visite à la Malmaison, avait offert cette somme à son parent, Jean-Barthélémy de Canteleu (22).
Jacques-Jean du Molay, enfermé dans son bureau, refuse de discuter directement de la vente d’une terre « qu’il a tant embellie et améliorée ». Tandis que Sophie soumet à son mari les propositions de l’intermédiaire, celui-ci visite la propriété en compagnie de Lhuillier.
Le domaine comprend des petites fermes disséminées sur 387 arpents de bonnes terres. La vigne produit 120 pièces de vin. Vingt-cinq employés vivent en économie fermée du produit des terres et du troupeau – 7 chevaux, 12 vaches, 150 moutons, des cochons et une abondante basse-cour. Finalement Jacques-Jean du Molay laisse tomber son verdict : il fixe le prix d’achat à 290 000 francs.
« Je dois vous dire, écrit Chanorier à Joséphine, que cette pauvre madame du Molay a frissonné quand je lui ai dit que, lasse de Paris, si vous achetiez il serait possible que vous vinssiez à la Malmaison quinze jours après. Elle comptait y rester une partie de l’été. »
Sophie fait savoir qu’elle espère au moins profiter du petit appartement qu’elle a installé dans les communs et dont les Le Couteulx se servent lorsqu’ils viennent en courant à la Malmaison.
Malgré le bon vouloir de Chanorier, la négociation n’est pas facile. Le 17 mars, il semble que Sophie du Molay soit décidée à traiter avec un tiers. Joséphine lance un ultimatum : ce sera 310 000francs ou elle renonce à l’acquisition. Les deux femmes se mettent finalement d’accord malgré les atermoiements de la citoyenne Bonaparte, qui tente de reculer les termes du paiement, ce qui lui vaut deux lettres inquiètes de Sophie.
La signature a lieu le 21 avril (2 floréal an VII). « Marie Joseph Rose Tascher, épouse en seconde noce de Napolione Buonaparte, d’avec lui séparée quant aux biens (1) » acquiert terres et domaine moyennant 225 000francs, prix apparent déclaré au notaire. En fait le prix réel semble avoir été de 325 000 francs, le mobilier étant réglé à part. Pour assurer le premier versement de Joséphine, dont la situation n’est pas brillante, emprunte 15 000 francs au régisseur, l’astucieux Lhuillier, qui assure ainsi son avenir à la Malmaison. Joseph qui, en l’absence de Bonaparte, est chargé de payer la pension annuelle de Joséphine (40 000 francs), remboursera Lhuillier en partie trois mois plus tard, mais il en tire quittance et privilège pour son frère.
Les échéances de juin et d’octobre ne seront pas respectées par la nouvelle propriétaire, bien que Barras ait prétendu lui avoir fourni de l’argent et Ouvrard témoigné qu’il lui avait prêté « quelques sommes durant la campagne d’Egypte pour la Malmaison et ses dépenses privées. » En réalité les Le Couteulx devront attendre le retour du général et la fin de l’année pour rentrer dans leurs fonds. C’est en décembre 1799 que le Premier Consul signera l’acte d’achat définitif de la Malmaison, réglant « pour lui et en son nom » les sommes dues aux Le Couteulx, ce qui fera de lui le véritable propriétaire de la demeure favorite de Joséphine.
Si l’on en croit Mme de Vaudreuil, nommée dame du Palais en 1804 sur la recommandation de Canteleu (23), celui-ci fut mêlé de très près aux circonstances rocambolesques qui entourèrent le retour d’Egypte de Bonaparte.
Jean-Barthélémy avait été mis au courant par Joséphine de la situation délicate dans laquelle elle se trouvait vis-à-vis de son mari que les rumeurs de son infidélité rendaient furieux et qui songeait au divorce. Le banquier et ami du ménage avait vivement conseillé la prudence, affirmant que « le nom seul de Bonaparte était pour elle une auréole qui l’entourait de considération. »
Lorsque commença à se répandre, le 9 octobre, la nouvelle du retour du général, Joséphine fut prise de panique. Elle courut à Auteuil demander à Canteleu de l’accompagner à la rencontre de son mari ; mais il s’y refusa. Dans l’incertitude où il était des sentiments réels de Bonaparte, il choisissait la
circonspection. « Il ne se souciait pas de faire son chevalier. Il lui fit observer qu’elle ignorait par quelle route il arriverait et que, pour ne pas le manquer, il était préférable de l’attendre à Paris. »
Sans écouter ses conseils, Joséphine se précipita sur les routes au devant de son mari qu’elle n’allait pas rencontrer, tandis que Lucien rejoignait son frère par un autre chemin et s’empressait de lui décrire les turpitudes de son épouse.
On imagine combien la rencontre finale fut orageuse. L’irritation et la jalousie du Premier Consul ne furent oubliées qu’au cours d’une scène de larmes et d’explications, suivie d’une réconciliation où Eugène et sa sœur jouèrent un grand rôle…
Joséphine ne semble pas avoir tenu rigueur à Jean-Barhélémy d’avoir refusé de l’assister dans les moments difficiles. Elle continuera à lui demander conseil, comme en témoigne un billet du 13 brumaire an IX : « La citoyenne Bonaparte voulant entretenir le citoyen Le Couteulx pour un objet qui la concerne se présentera demain à midi chez lui s’il ne préfère, ce qui lui serait bien plus agréable, venir lui demander à déjeuner sur les onze heures (1). »
Geneviève Daridan
(1) Pour 180 000 livres, et les meubles pour 40 000 (1 livre tournois = 1franc or d’avant 1914.
(2) Bernard Chevallier, Malmaison, château et domaine des origines à 1904, éditions de la Réunion des Musées Nationaux. 1989.
(3) Auxquel s’ajoutent 387 arpents de terre. (2) Bernard Chevallier, op. cit., « Etat descriptif du mobilier de la Malmaison en 1799 ».
(4) Bernard Chevallier, op.cit., « Etat descriptif du mobilier de la Malmaison en 1799 »
(5) Fonds Vanier, 8 F 7 ; archives départementales de Rouen.
(6) Lettre de sieur de Bois guilbert, lieutenant à Rouen, au contrôleur des finances Desmarets le 21 juillet 1704 : « Les sieurs Le Couteulx, la plus fameuse banque de France dans le moment. » Archives de famille.
(7) « Sieur de Caumont, ainsi nommé à cause d’une ferme située en la paroisse de ce nom ». Généalogie historique de la famille de Messieurs Le Couteulx, rédigée en 1785. Archives de Famille.
(8) Antoine Louis Le Couteulx, Ecuyer, sire d’Hacqueville, Richeville et autres lieux. Il est le frère du « Président ».
(9) Par l’un de ces imbroglios dont la famille est coutumière, Jen-Barthélémy est le gendre de Verclives, dont il a épousé la fille, et son beau-frère puisque Antoine de Verclives a convolé, en troisièmes noces, avec la sœur de son associé.
(10) Pierre-Nicolas Berryer, Souvenirs de M Berryer, doyen des avocats de Paris (1774-1838).
(11) Les Muttes et les Caumont, issus de Guillaume Le Couteulx – 1571 – 1650 – les La Noraye, et Canteleu d’une part, les du Molay de l’autre, issus de deux frères, Bathélémy et Jean-Etienne, tous deux anoblis en 1756 ; les Verclives, les Marinval, Bouseville, des Aubries, Puyvallée, Froissy, Provendieu, Vertron. Seules les trois première branches seront associées aux activités de la banque, de la maison de Rouen et de celle de Cadix au XVIIIe siècle…
(12) Bernard Chevallier, Malmaison, op. cit.
(13) La Révolution en haute Normandie 1789-1802, Comité régional d’histoire de la Révolution, Edition P’tit Normand.
(14) D’après une lettre de Jacques-Jean Le Couteulx du Molay à son cousin Jean-Barthélémy datée du 5 mai 1776. Archives de famille.
(15) Lettre citée du 5 mai 1776.
(16) Lettres de Jacques-Jean Le Couteulx du Molay à Jean-Barthélémy Le Couteulx de Cantaleu au cours de l’été 1782. Archives de famille.
(17) Sainte-Beuve, Causeries du Lundi, Paris, Garnier, 1870.
(18) Le père de Jean-Jacques Devin est président de la Chambre des comptes à Paris. Sa grand-mère est la fille de Jean Le Couteulx qui dirigea la banque au début du siècle. Le jeune homme a pour oncle François de Laverdy, ancien contrôleur général des Finances, puis ministre d’Etat.
(19) Marie-Soulange était la fille de Jean-Auguste Duperré de Veneur, parent d’une Midy de la Grainerie, dont l’arrière-grand-mère était née Le Couteulx. Un oncle de Marie-Soulange était maire de Rouen en 1787.
(20) Copie d’une lettre du 31 mai 1801. Archives de Famille. (2) Elisabeth Vigée-Lebrun, Souvenir, t. I, op.cit.
(21) Lettre de Jean-Barthélémy Le Couteulx de Canteleu à Joseph Bonaparte, 14 brumaire an VII. Archives de Famille.
(22) Pour tout ce qui concerne la vente de la Malmaison, voir Bernard Chevallier. Malmaison, op.cit.
(23) Archives de famille et Mémoires de Constant, t.I. Mme de Vaudreuil était la fille du duc d’Arçon qui inventa les batteries insubmersibles du siège de Gibraltar
(1) Archives de Famille.
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