LE HARAS ET LIEU-DIT

Les lieux-dits : « La Malmaison, la Jonchère, Buzenval », anciens « repères » du terroir communal parlent encore de nos jours aux Ruellois ! Mais le lieu-dit « Le Haras », qu’en est-il !  A Rueil, à Suresnes ?
Pour beaucoup, en toute logique, il ne pouvait que figurer dans l’emprise de l’hippodrome de Saint Cloud –en partie sur Rueil- avec bâtiments et servitudes.
Eh bien non !
La carte postale, datée de 1905, ci-dessus(*), nous donne une première indication. Par rapport au fort du Mont Valérien, ce haras se situe sur le plateau du Mont Valérien.
Le plan de Rueil de 1910, dressé par A. Besche, topographe, le confirme et le précise par un carré noir-blanc identifié –Haras- face à l’intersection de la Route de Saint Cloud (actuellement avenue du 18 juin 1940) et du chemin de Nanterre à Saint-Cloud (actuellement rue Galliéni) sur les terres du lieu-dit « Les Longs Réages ».

Géographiquement, la situation de ce haras est bien sur le territoire de la Commune. Mais encore …
La lettre du 29 décembre 1887, adressée à la Municipalité, par un capitaine d’infanterie, nous renseigne sur la mise en pension de sa jument, au haras de Suresnes chez Henri Hawes.

Nous connaissons le site, le propriétaire des lieux. Par contre, l’appellation de « Haras de Suresnes », nous interpelle … Que vient faire la ville voisine dans nos lieux-dits, sous le Mont Valérien ?
Il s’agit là, vraisemblablement de l’enseigne commerciale de l’activité hippique –H. HAWES et Cie ayant leur siège social rue François 1er à Paris.
En date de lettre, le haras est territorialement ruellois...
D’ailleurs, en séance de Conseil Municipal du 18 février 1888, Monsieur le Maire annonce : « … qu’une propriété dite « Le Haras » a été construite sur le chemin de Saint-Cloud. Celle-ci est destinée à recevoir et dresser de jeunes chevaux jusqu’aux moments ou ils seront livrés aux commerces. »
Monsieur le Maire envisage, à travers des recettes d’octroi, l’avantage que cette activité pourrait produire. Aussi soumet-il à études, la construction de deux bureaux d’octroi :

  1. en limite de Suresnes.
  2. à Buzenval, près de Saint Cloud (bifurcation du chemin de Garches et du CD19).

Les études aboutiront en 1914/15 au poste de Suresnes, en amont du Haras. Quant au poste mixte dit de Buzenval/Saint Cloud, on en parle dans des documents, mais à l’heure présente aucune preuve de son implantation n’a pu être fournie.

Les rares bulletins municipaux officiels du début du XXème siècle, nous permettent de relever quelques informations :

  1. sous le couvert de H.Hawes et Cie, rue François 1er à Paris.

1901 Monsieur DARDENNE directeur, chemin de Saint Cloud
divers professionnels : concierge, jardiniers, maréchal ferrant, palefreniers, commis

1905 Monsieur ANNE Louis directeur, succède au précédent décédé
divers professionnels

1911 Monsieur ANNE Louis directeur, route de Saint Cloud
divers professionnels

1914 Monsieur HERVES Henri directeur, route de Saint Cloud
divers professionnels

Au-delà de cette date, à l’identique de la fin du XIXème siècle, plus de documents, pas d’informations. La guerre de 1914/18 amenant une probable cessation d’activité, du haras ainsi que des bulletins municipaux ?
Quoi qu’il en soit, avec ou sans chevaux, le haras dit de Suresnes, environnement compris, est toujours sur le site ruellois. Ceci est confirmé par de nombreux documents municipaux –voirie- qui reconnaissent, depuis quelques années, comme lieu-dit, la situation de cet écart du bourg.
A noter, que le recensement de 1911, y dénombrent 28 habitants.
Dès 1917, « Les Longs Réages, Les Mazurières, Les Fouilleuses » font l’objet d’acquisitions territoriales, entre autre l’Office Public de la Seine. Par un décret du 21 mars 1919 –d’utilité publique- cet organisme obtient l’expulsion (42 ha) de propriétés à son profit.
Ces terrains restent néanmoins, dans le giron communal, même après le rachat progressif, jusqu’en 1921 par la ville de Suresnes.
Celle-ci utilise les bâtiments du dit haras pour de multiples activités communales et associatives de 1919 à 1934.
En décembre 1931, la Chambre des Députés, et en mai 1932, le Sénat, approuvent la rectification des limites des deux communes, amputant par la même Rueil-Malmaison de la totalité du lieu-dit les « Longs Réages » y compris le haras, ainsi qu’une partie des lieux-dits « Les Mazurières et Les Fouilleuses ».
En fin d’année 1934, et ce sera là le point final sur ce haras ruellois dit de Suresnes, le Conseil Municipal communique le transfert de la boîte aux lettres dite du haras sur le mur des Etablissements SAVOYER, 93 route de Saint Cloud à Rueil.
La construction galopante de la Cité-Jardins suresnoise a eu, aussi, raison de ce dernier vestige, du haras, qui fut somme tout aussi bien ruellois que suresnois.

 

Michel WOESTELANDT

Sources :

  1. Société Historique de Rueil-Malmaison
  2. Archives municipales de Rueil-Malmaison
  3. Archives municipales de Suresnes
  4. Histoire de Suresnes (R. SORDES)
  5. Cartes Postales, collection particulière RW

 

(*) La maison qui figure sur ce document était sur le chemin rural dit « des Bas-Rosiers », à l’époque.