LA PLACE DE L’ÉGLISE
Depuis toujours, cette place a été et reste le cœur de la ville et prend tout naturellement le nom de « Place de l’Eglise ». Elle sera néanmoins, à la révolution, transformée pendant quelques années en « Place du Temple ».
Au centre de la place, l’église actuelle est dédiée aux Saints Pierre et Paul. Sa première pierre a été posée en 1584 par Antoine 1er roi du Portugal, alors en exil en France et résidant à Rueil.
Encore inachevée lorsque le Cardinal de Richelieu achète le château du Val en 1633, il charge son architecte Lemercier de sa finition. Celui-ci construit la façade décorée de quatre niches ornées de statues d’anges et de saint Pierre et saint Paul, œuvre du sculpteur Sarrazin. Brisées à la Révolution, elles seront remplacées en 1983.
L’église doit aussi sa célébrité à la présence des tombeaux de l’Impératrice Joséphine et de la Reine Hortense.
L’Impératrice Joséphine, morte à Malmaison le 29 mai 1874, est enterrée dans l’église. Son tombeau terminé en 1825 est l’œuvre de l’architecte Berthault, alors que la statue de Joséphine est due à Cartellier, célèbre sculpteur sous l’Empire et bien connu de l’Impératrice. Sa position agenouillée est due au désir de ses enfants qui voulaient ainsi rappeler le tableau de David du sacre.
La reine Hortense est morte en exil à Arenenberg en Suisse en 1837. Elle avait souhaité être enterrée auprès de sa mère. Après son transport à Rueil, on érige un monument représentant la reine agenouillée, mais qui est peu apprécié. Aujourd’hui on peut le voir dans la chapelle du château d’Arenenberg où il a été transféré.
Sous le Second Empire, au moment de la restauration de l’église, on installe le monument actuel dû au sculpteur Jean Auguste Barre. Le corps de la reine est alors placé dans une crypte creusée sous l’église dans un sarcophage monolithe.
Ce sont Napoléon III et l’Impératrice Eugénie qui inaugureront solennellement ce monument en 1858.
La place de l’Eglise a toujours été l’un des lieux les plus fréquentés par les ruellois. Ses nombreux commerces attirent les habitants. Déjà au XVIIIe siècle, on peut y voir des auberges à l’enseigne du « Grand Monarque » du « Soleil d’Or », des pâtissiers à l’enseigne du « Coq Hardi » et des « Noces de Cana » , un perruquier coiffeur, un maître chirurgien, un maréchal ferrand, un loueur de cabriolets et également boulangerie, boucherie, épicerie, mercerie, horlogerie etc…
A partir de 1823, le samedi s’y tient le marché, car jusque-là il n’y en avait pas à Rueil. La fontaine en forme de pyramide, placée devant l’église donne de l’eau sur deux faces. Son eau est très pure et elle est très appréciée par les habitants.
Jusqu’à la Révolution, un cimetière entourait l’église. Par souci de salubrité et par manque de place, il est transféré en 1793 en dehors des murs de la ville, sur l’actuelle place Jean Jaurès.
En 1865 le Conseil Municipal donne à la place le nom de « Place Napoléon III » pour retrouver en 1872 son ancien nom de « Place de l’Eglise ».
À l’angle de la place de l ‘église et de la rue du Château, se trouvait depuis longtemps une célèbre épicerie. Le 24 juillet 1873, elle fut le lieu d’une terrible catastrophe. Voulant prendre du pétrole dans un tonneau, un commis y mit le feu et fut mortellement brûlé. Le feu maîtrisé, on voulut vérifier qu’aucun danger ne subsistait. Monsieur Liénard, adjoint au Maire, accompagné de pompiers se rendit à la cave en ayant l’imprudence de s’éclairer à la bougie. En s’enflammant, les vapeurs de pétrole qui subsistaient s’enflammèrent en provoquant une terrible explosion faisant voler la vitrine en éclats et blessant de nombreux passants. Il y eu 43 blessés et brûlés dont 10 décèderont peu après. Parmi les victimes, il y avait Monsieur Liénard et de nombreux pompiers.
Depuis 1818, au numéro 14 se trouve une pharmacie. On dit que sous l’Empire, la maison abritait le corps de garde des officiers de la suite de l’Impératrice. De 1840 à 1908, y ont exercé Jean Baptiste Fialon puis son fils Charles Henri. Ce dernier était un grand collectionneur de faïences pharmaceutiques et d’objets anciens se rapportant à son activité. Il a légué sa collection à l’école de pharmacie de Paris où elle occupe une pièce dénommée « Musée Fialon ».
De 1925 à 1966 c’était Jean Fricotel qui tenait la pharmacie. Son fils Henry lui succéda et célébra en 1968 le 150 ème anniversaire de l’officine en exposant quantité d’objets anciens utilisés en pharmacie.
Cette place fut souvent le lieu de rassemblement de la population au cours de différents évènements qui s’y déroulèrent.
Évènements de la vie publique comme la plantation de « L’Arbre de la Liberté » devant l’église en présence de toute la municipalité, de la Garde Nationale et des habitants.
Évènements de la vie religieuse, car souvent l’église était trop petite pour contenir le public au cours de certaines manifestations. L’inhumation de l’Impératrice Joséphine avait attiré une foule considérable, de même que sous le Second Empire lors de la venue de Napoléon III et de l’Impératrice Eugènie.
Il y avait aussi les jours de fête :fêtes foraines, cavalcades, fête de la gymnastique au début du XXe siècle organisée par l’abbé Faivre. Fête du « Retour de N.D. de Boulogne ». En effet, pendant la dernière guerre, les habitants firent le voeu de faire venir la statue de N.D. de Boulogne dans la ville si elle était épargnée. La guerre terminée, cette statue accomplit un tour de France et fit une halte à Rueil.
Mais c’est également le lieu de rassemblement de toute une population en deuil aussi bien qu’aux premiers mois de la première guerre mondiale où l’on célèbre les obsèques des premières victimes de cette guerre qui en fera beaucoup d’autres.
En septembre 1947, après l’incendie du cinéma « le Select », soixante-dix-sept cercueils sont déposés en demi-cercle devant le portail où la messe est célébrée en présence de Mgr. Roland Gosselin, évêque de Versailles, et d’une foule écrasée de douleur.
Aujourd’hui, cette place reste comme autrefois le centre du vieux bourg de Rueil et depuis sa remarquable réhabilitation va devenir sans aucun doute un lieu de rencontre de plus en plus fréquenté par les ruellois. D’ailleurs dès maintenant elle attire de plus en plus de promeneurs qui n’hésitent pas à s’installer sur des bancs mis à leur disposition ou à des terrasses de cafés ou de pâtisseries.
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