UNE BELLE PROPRIÉTÉ RUELLOISE : 37, RUE JEAN LE COZ
En se promenant dans Rueil de l’église vers Bois Préau, le regard est attiré au n°37 de la rue Jean Le Coz, anciennement rue de Marly, par une grande grille entre deux piliers de pierre à travers laquelle on aperçoit un jardin avec bassin précédant un perron donnant accès à une jolie maison aux hautes fenêtres cintrées. Cette propriété, aujourd’hui transformée en bureaux, a connu depuis le XVIIIème siècle de nombreux propriétaires, personnalités importantes ou célèbres de la vie ruelloise, que l’on peut suivre pendant deux siècles.
A l’origine, cette propriété faisait partie de Bois Préau et appartenait à Jean Garnier, écuyer maître d’hôtel de la Reine qui « en a joui paisiblement et publiquement pendant un long espace ». En 1765, le comte de Prye devient propriétaire de Bois Préau et des biens en dépendant. En 1772, la propriété rue de Marly est abandonnée aux créanciers et mise en adjudication.
Le 13 octobre 1774, MESSIRE NICOLAS JEAN BAPTISTE DENIS, chevalier conseiller du Roi en ses conseils, 1er président du bureau des finances et auditeur honoraire en la chambre des comptes, en devient propriétaire. Il habite un hôtel à Paris rue des Deux Portes paroisse Saint Sauveur. Il a épousé Marie Catherine Deshays dont le père Jean Deshays, conseiller du roi, contrôleur ordinaire des guerres avait une maison rue des Forges (bas de la rue de la Libération). C’est donc grâce à son épouse que Nicolas Denis choisit d’acheter une maison de campagne à Rueil.
Il démolit les bâtiments anciens et construit vers 1775 « une grande maison bourgeoise » bâtie entre cour et jardin, œuvre dit-on d’un architecte du roi.
Le principal corps de logis comprend vestibule, salle à manger, salon octogonal en avant corps sur la façade, chambre à coucher et cabinet. Billard au 1er étage, deux chambres, cabinets, garde-robe et grenier au-dessus. Deux ailes plus basses entourent le corps central. Des bâtiments s’élèvent de chaque côté de la cour, avec à droite, cuisine, salle de bains, cabinet d’aisances, écurie, bûcher et au-dessus chambres de domestiques, fruitier ; à gauche, grande cuisine, office, garde-manger, remise, étable à vaches, au-dessus chambres, lingerie, salle à repasser. Une grande cour avec pièce d’eau précède la maison. Derrière, grand jardin planté d’arbres, arbustes, fleurs. Une pièce d’eau traversée par un pont en bois avec garde-fou garni de ceps de vigne et échalats agrémente le jardin. Au fond du parc, une grotte en forme de rocher d’où l’eau s’écoule dans un bassin, grotte enveloppée dans une partie de son pourtour d’un tertre auquel on monte par deux allées en fer à cheval. Une serre et une orangerie complètent la propriété. A droite de la porte d’entrée se trouvent une basse-cour avec poulailler colombier et un logement de jardinier ayant une sortie sur la rue des Malpeynes (rue Charles Floquet). Le tout s’étend sur plus de 5 000 m² jusqu’à la ruelle Girouix.
Les Denis semblent avoir traversé toute la période de la Révolution et de l’Empire sans laisser de traces notables dans la vie ruelloise. On trouve tout de même son nom parmi les membres du 1er Conseil Municipal de Rueil du 12 Frimaire An IX où il est dit « propriétaire » mais il ne semble guère assidu aux séances suivantes. Ils meurent tous les deux en 1813, elle le 20 janvier à Rueil à l’âge de 63 ans et lui à 77 ans à Nanterre chez un médecin dont il était locataire. Ils ne laissent pas d’enfant, et des neveux et nièces héritent de leurs biens.
La propriété de Rueil est vendue le 8 avril 1815 à PHILIPPE CHRISTOPHE LHUILLIER « régisseur du domaine de Malmaison ».
Le nouveau propriétaire est bien connu des ruellois. Né en 1778 à Malmaison où son père était régisseur au service des Le Coulteux du Molay, alors propriétaire de Malmaison, il passera sa vie dans le domaine. D’abord « garde général de Sa Majesté l’Impératrice Joséphine » il devient à son tour régisseur à la mort de son père en 1811 et reste à Malmaison après la mort de l’Impératrice, s’occupant du domaine, du paiement des employés, des factures. En 1818, le Préfet de Seine-et-Oise le nomme administrateur du bureau de bienfaisance de Rueil. Il devient conseiller municipal en 1823.
A cette époque, il revend sa maison à Monsieur D’Herbès, maire de Rueil. Il loge un temps à Bois Préau, où il se dit « fermier du Domaine de Malmaison », puis achète en 1829 la maison mitoyenne de son ancienne propriété, où il meurt le 24 février 1837.
D’après Alfred Cramail, historien ruellois du début du XXème siècle, Lhuillier n’aurait pas habité cette grande propriété mais la louait. Deux locataires l’auraient successivement habitée : le marquis de La Chaise et le comte du Cayla.
JEAN JOSEPH D’HERBES est originaire de Manosque. « Monté » à Paris, il sera chef de division à la secrétairerie d’Etat. Le 12 septembre 1818, il achète le château de Buzenval au Prince Eugène, héritier de sa mère l’Impératrice Joséphine. En 1820, il est nommé membre du Conseil Municipal et prête serment : « Je jure fidélité au Roi, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume ». Il est quelques mois plus tard nommé délégué à « l’assemblée cantonale chargée d’examiner les expertises et évaluations des propriétés foncières » dont le siège est à la Préfecture de Versailles. Le 21 avril 1822, Bertin, Maire de Rueil étant démissionnaire, le Préfet Destouches nomme à sa place Jean Joseph D’Herbès. Est-ce pour être plus proche du centre de la ville et de la mairie qu’il vend Buzenval et achète cette propriété de la rue de Marly ? Administrateur actif, il crée un marché à Rueil qui a lieu le samedi, place de l’église évitant ainsi à la population d’aller jusqu’à Paris, Saint Germain ou Versailles. Il contribue à l’amélioration de l’éclairage de la ville ayant obtenu vingt
réverbères « de la munificence de feu le Prince Eugène ». Le 28 septembre 1825, il assiste au transfert du corps de l’Impératrice du caveau provisoire à son monument actuel. Sous son mandat, est décidé le transfert du cimetière alors place Jean Jaurès à l’emplacement dit aujourd’hui «le cimetière ancien» rue Liénard. D’Herbès semble accueillir avec beaucoup de ferveur l’arrivée au pouvoir de Louis-Philippe. Le 19 septembre 1830, il prête serment au Roi des Français et peu de temps après, il fait une déclaration au nom du Conseil Municipal ou celui-ci « désirant manifester à Sa Majesté le Roi des Français, les sentiments d’amour et d’admiration dont il est pénétré par le sacrifice qu’elle a fait lorsqu’elle vivait si heureuse au milieu de son auguste famille, en acceptant le titre très honorable mais en même temps très pénible de Roi des Français ». Le Maire et deux de ses adjoints, accompagnés d’une députation de la Garde Nationale, demandent une audience au Roi afin de l’assurer « du dévouement respectueux de toute la commune. Ils lui garantiront le zèle sans bornes du bataillon (que Sa Majesté) a daigné honorer d’un drapeau dont la devise rappellera sans cesse à chaque homme qui le compose, l’obligation du sacrifice qu’il doit faire de son repos et de sa vie même, pour la sûreté de la personne sacrée de Sa Majesté, le bonheur de son auguste famille et le maintien de la liberté et de l’ordre public ». D’ailleurs en 1833, on note la dépense de 249 francs pour l’établissement d’un arc de triomphe à l’entrée du pays afin de recevoir Sa Majesté qui passait dans la commune.
Mais à partir du 13 septembre 1835, pour une raison inconnue, D’Herbès n’apparaît plus dans les Conseils Municipaux ; il est remplacé par Monsieur Ruffin, premier adjoint, « faisant par intérim les fonctions de maire » et le 7 février 1836, Rotanger est nommé Maire de Rueil. Peut-être est-ce à cause de son âge, il a tout de même 79 ans. Il quitte Rueil et retourne à Manosque, son pays d’origine. Il y mourra à l’âge de 93 ans. En 1839, c’est par procuration qu’est signé l’acte de vente de la maison à Monsieur et Madame Camuset.
ANNE ACHILLE LOUIS CAMUSET et sa femme née Touzelin, achètent donc la propriété de la rue de Marly le 29 août 1839. Ils habitent Place de l’Eglise et possèdent plusieurs maisons à Rueil. Ils font partie des grands propriétaires ruellois.
Avant qu’ils ne prennent possession de la maison, a lieu, à la demande de Monsieur Vidot de Chilly, percepteur des contributions de Rueil, la vente aux enchères d’un meuble de salon composé de quatre divans couverts en nankin et plusieurs tentures de croisées et d’alcôves en soie avec glands, ayant appartenu à Monsieur Dherbès. Ces objets garnissaient autrefois le château de Malmaison. Mis à prix à trois cents francs, aucun amateur sérieux ne s’étant présenté, le meuble et les tentures ne sont pas vendus. Que sont-ils devenus ?
Il semble que pour Camuset, l’achat de cette maison n’ait représenté qu’une bonne affaire financière puisque l’ayant acquise pour la somme de 20 000 francs, il la revend six mois plus tard, en janvier 1840 à Armand Louis Mathias 38 000 francs, mais payable en douze ans.
ARMAND LOUIS MATHIAS est maître de pension à Marly, secondé par sa femme Antoinette Ampenot, il souhaite transférer son établissement à Rueil dans cette grande maison de campagne. Dans l’aile droite sont installées les classes et salles d’études, dans l’aile gauche la cuisine et le réfectoire et les dortoirs au 1er étage de la maison.
Très vite cette pension jouit d’une grande renommée à Rueil et dans les environs. Les diverses installations sont appréciées, de même que « la nourriture de la famille, les soins vigilants et maternels de Madame Mathias et des dames qu’elle s’est adjointes pour la propreté des élèves ». La santé des jeunes est excellente grâce à la gymnastique « si propre à développer leurs forces » et aux visites hebdomadaires d’un habile médecin. « L’enseignement embrasse jusqu’à la troisième, les études universitaires combinées avec les langues vivantes allemande, anglaise et italienne ; l’histoire, la géographie et les sciences mathématiques. Les élèves qui se destinent au commerce et à l’industrie y trouvent des études spéciales. » On trouve encore un laboratoire de chimie et un cabinet de physique. Jacquin et Duesberg, auteurs de l’histoire de Rueil écrite en 1846, disent au sujet de cette pension, : « Sous les rapports religieux, intellectuel et hygiénique, nous pouvons affirmer, sans crainte d’être démentis, que cette sage et prévoyante administration a déjà contribué puissamment à assurer la stabilité et le succès d’une maison digne des suffrages de tous ceux qui s’intéressent à la jeunesse ; nous pouvons ajouter même que cette institution par la spécialité et la direction de ses études ne craint pas de rivale dans les environs de Paris. »
Un des professeurs eut une certaine renommée en tant que musicien. Jean Charles Heintz était originaire d’Allemagne et enseignait l’allemand aux élèves de la pension Mathias. Il était également organiste à l’église, donnait des leçons de piano aux jeunes filles de Rueil, des cours de chant à l’école communale de garçons. Nommé directeur de l’Orphéon, celui-ci devint le meilleur du département. Compositeur, il avait écrit deux messes chantées aux grandes fêtes et aux messes anniversaires de la Reine Hortense. « Halévy qui, en qualité de voisin, avait assisté aux réunions de l’Orphéon, applaudissait sans flatterie aux arrangements et aux compositions de Charles Heintz . »
Cette pension si réputée est un peu pour Monsieur Mathias, victime de son succès. Sa femme y laisse sa santé et lui-même cherche à abandonner la direction de son établissement. Il fait une demande auprès du Préfet afin d’obtenir un emploi de directeur des postes. On le retrouve en 1853, inspecteur des Poids et Mesures des arrondissements de Saint-Denis et de Sceaux, il habite alors à Paris.
Entre-temps, il pense avoir trouvé un successeur en la personne de Monsieur Cuny, qui se porte acquéreur de l’institution en 1850, lequel prend pour directeur l’Abbé Guichard. Celui-ci s’empresse de diffuser un prospectus vantant l’air pur de Rueil si bon pour la santé de l’adolescent, la maison spacieuse, agréable et bien située, le gymnase, le jardin vaste et charmant. De plus, « l’éducation sera essentiellement morale et religieuse, on s’efforcera d’inspirer aux enfants l’amour de la piété, de la justice, de la politesse et de la propreté » ! L’instruction sera tout de même complète et consciencieusement donnée. Malheureusement ce programme ne sera pas appliqué. L’Abbé Guichard n’a pas les examens voulus pour l’enseignement. Ce bel établissement va rapidement couler.
L’Abbé Guichard devra quitter Rueil et laissera beaucoup de dettes derrière lui. Monsieur Cuny fera même de cette propriété, en 1854, une fabrique de conserves de légumes secs pour la guerre de Crimée ! Monsieur Mathias qui était en fait toujours propriétaire, Monsieur Cuny n’ayant jamais réussi à payer la totalité de son acquisition, cherche un moyen de se débarrasser de son ancienne école. La mairie de Rueil étant trop petite et très vétuste, Monsieur Dayras propose au Conseil Municipal, le 27 septembre 1854, l’achat de cette maison comme hôtel de ville de la commune : « Cette propriété, par la belle construction qu’elle présente, par la distribution convenable de ses pièces, par sa position bien aérée au milieu d’un terrain d’environ 50 ares, entourée d’une belle cour et d’un vaste jardin (…) est convenable sous tous les rapports et présente tous les avantages que la commune est en droit d’exiger. » Une commission est nommée et un rapport présenté au Conseil Municipal mais malgré un avis très favorable, la proposition est rejetée par 9 voix pour et onze contre. Enfin, le 9 octobre 1854, Monsieur Mathias vend la maison à Madame Veuve Bertrand demeurant à Rueil boulevard des Tilleuls (boulevard du Maréchal Foch). Celle-ci ne la garde pas longtemps puisque le 12 mars 1857, elle la vend à Monsieur et Madame Benois et au Général Noël Varin-Bey, officier de la Légion d’honneur habitant à Paris rue de la ville l’Evêque : «acquereurs solidaires, Monsieur Varin-Bey pour la nu-propriété, tous trois pour l’usufruit, conjointement et au survivant d’eux. » Quels liens unissaient ces nouveaux propriétaires ? Ils habitent ensemble à Paris et achètent ensemble une maison de campagne à Rueil, il est vrai, assez vaste pour les accueillir tous. La description de la maison est assez semblable à celle que l’on trouve dans les premiers titres de propriété et les bâtiments ne semblent pas avoir trop souffert de leur changement de destination, seul le 1er étage de la maison a subi quelques transformations, des cloisons ayant été abattues afin de créer des dortoirs. Elle retrouve sa destination première d’habitation bourgeoise.
LE GENERAL NOËL VARIN-BEY : ce nouveau propriétaire du 37 rue de Marly est né à Bayeux en 1784. En 1806, il entre comme volontaire dans le régiment des chevau-légers de la Garde du roi de Naples, Joseph, frère de Napoléon. Il monte rapidement en grade, prend part à la guerre d’Espagne, y est blessé, devient capitaine, aide de camp du Général Lafon de Blaniac, Gouverneur de Madrid. Rentré en France, il entre au 1er régiment des Gardes d’honneur nouvellement créé. Le 30 août 1813, il y est capitaine et participe à la campagne en Allemagne, puis à la campagne de France. Sous Louis XVIII, il est chaudement recommandé par ses supérieurs : « Sa bonne conduite, sa bravoure, ses connaissances dans l’art militaire et tous les services qu’il a rendus au 1er régiment des Gardes d’honneur comme capitaine-major l’ont rendu lui-même fort recommandable à tous ses chefs. C’est un officier fort distingué sous tous les rapports et qu’on ne peut trop recommander aux bontés du Prince qui nous gouverne aujourd’hui. » Réintégré dans l’armée, il devient capitaine aide de camp du Maréchal Comte Gouvion Saint Cyr, puis chef d’escadron. En 1827, il demande un congé de six mois pour aller à Londres puis Bruxelles et ne rentre pas en France. Il aurait des dettes importantes et a fui ses créanciers. Il est rayé des contrôles du corps d’Etat Major en 1829.
En 1830, on le retrouve au service du Pacha vice-roi d’Egypte, Mehemet-Ali, qui voulant faire de son pays un état moderne fait appel aux européens pour l’aider dans sa tâche. Le chef d’escadron Varin propose au Pacha un projet pour la formation d’une école de cavalerie à Gizeh et le voilà nommé directeur de l’école. Il devient ainsi Général de l’armée d’Egypte et reçoit le titre de « Bey ». Il signera dorénavant toujours « Varin-Bey » quand rentre-t-il en France ? Ce n’est qu’en 1857 qu’on le retrouve à Rueil lors de l’achat de sa propriété avec les Benois.
Le vieux général très atteint par les rhumatismes ne peut guère quitter son fauteuil. Il aime, dit-on, raconter à ses visiteurs quelques anecdotes très piquantes sur la cour du vice-roi d’Egypte et vit de la pension versée par le Gouvernement égyptien.
Le 20 août 1867, il meurt dans sa propriété ruelloise à l’âge de 83 ans. Dans son testament rédigé dès 1850, il institue pour légataires universelles, Madame Benois et ses deux filles Emma Laure et Elisabeth Louise. Dans l’inventaire se retrouvent quelques objets évoquant sa vie passée : neuf tableaux avec vues et personnages d’Orient, un tapis en peau de lion et « cinq croix en or et argent des différents ordres dont le défunt était décoré », dont la légion d’honneur, la décoration de l’ordre royal et militaire de Saint Louis et celle de l’ordre de Saint Henri de Saxe. Il repose dans le cimetière ancien de Rueil, sa tombe est surmontée d’une stèle où sont gravés les noms de ses différentes campagnes, ses titres et décorations militaires.
MONSIEUR ET MADAME BENOIS : Anne Louis Nicolas Benois, architecte est né à Saint Petersbourg où son père s’était installé chef cuisinier. Rentré à Paris, il épouse le 20 février 1823 Adélaïde Félicité Jacob-Desmalter, fille de l’ébéniste Jacob dit Desmalter et petite-fille du très célèbre Georges Jacob (1739-1814). Sa femme meurt dès le 18 avril de la même année. Benois se remarie un an plus tard avec Aimée Laure Odiot, l’une des filles de Jean-Baptiste Claude Odiot, le célèbre orfèvre qui fit le berceau du Roi de Rome. Il reste dans ce milieu de remarquables maîtres artisans, véritables artistes. Malheureusement, Benois fit de mauvaises affaires, entraîné dans la faillite d’un certain Pannier avec lequel il avait créé une société en participation pour réaliser en partie l’enceinte de Paris à Saint Mandé, le fort de Rosny et le chemin de fer de Paris à Sceaux. Sa femme dut demander la séparation de biens. Il ne put jamais rétablir la situation mais son épouse ayant hérité de son père l’orfèvre peut grâce à cet argent acquérir la maison de Rueil.
Les Benois ont trois enfants : deux filles, l’une épouse de Joseph Pinson négociant à Paris, l’autre épouse de Louis Babin, et un fils Arthur également architecte.
Anne Louis Nicolas Benois meurt dans sa maison de campagne de Rueil en 1873.
Sa fille Madame Pinson y meurt également en 1876. Madame Benois-Odiot garde sa propriété. Elle présente un « type de bonne grand-mère aux cheveux blancs qui faisait dire à de jeunes voisines : je consentirais bien à vieillir si je pouvais être comme cette adorable petite vieille. » Elle avait sur l’Empire et la Restauration une série d’anecdotes dont la finesse et l’esprit remplaçaient le croustillant de celles du Général Varin ! « Avec quel charme elle racontait ses souvenirs d’antan ! Un jour où son père Monsieur Odiot avait été appelé à Malmaison, elle rappelait avec quelle grâce l’Impératrice Joséphine l’avait accueillie, elle, toute jeune qui était restée dans la voiture de son père. Puis c’était un mot sur tous les littérateurs et les artistes qui fréquentaient les salons de l’hôtel de Beaujon que Monsieur Odiot occupait alors. » C’est avec beaucoup de regret qu’elle quitte sa maison ruelloise en 1882 et la vend à Monsieur et Madame Louis Ruffin. Elle meurt à Paris en 1893 à plus de quatre vingt dix ans.
MONSIEUR ET MADAME RUFFIN ne garde pas la propriété pour eux. Ils la proposent à la commune pour en faire un hospice de vieillards. L’architecte de la ville, Monsieur Hüe vient la visiter et constate un bon état général mais la ville ne donnant pas suite, ils la vendent en 1885.
MONSIEUR PETIT DE CHAMPLIEUX, le nouveau propriétaire, la pare de fleurs et la restaure avec beaucoup de goût. Veuf depuis 1882 de Colombe Moreau de Champlieux dont il avait gardé le nom, l’accolant à celui de « Petit ». Il n’avait eu qu’une fille, décédée la même année que sa mère, qui avait épousé Georges Séré de Rivières lui-même fils du célèbre Général Séré de Rivières, directeur du Génie au Ministère de la guerre, créateur du camp retranché de Paris, œuvre gigantesque à laquelle son nom restera attaché.
Petit de Champlieux vit seul dans sa grande maison, ayant à son service une gouvernante, une femme de chambre, une cuisinière et un jardinier. Malheureusement, aucun renseignement n’a pu être trouvé sur cette période. Il meurt dans sa propriété ruelloise le 19 mars 1899 à l’âge de soixante-treize ans. Ses trois petits-enfants Séré de Rivières héritent de la propriété. Ils ne l’habitent pas et se contentent de la louer. D’après les recensements, on peut y trouver en 1901 un lieutenant d’artillerie : Bourdelles avec sa femme et un enfant. En 1911, un avocat : Monsieur de La Tour. En 1915, la maison abrite une colonie d’enfants belges réfugiés à Rueil.
En 1919, les Séré de Rivières louent la propriété à Monsieur Adrien Clément Plet et Denis Alexandre Drouet avec promesse de vente à leur profit.
En 1924, DROUET ET PLET deviennent propriétaires à part entière. Ils sont pharmaciens et cette belle propriété est transformée en laboratoires de biologie et physiologie appliquées. Ces laboratoires très importants emploient une centaine de personnes et vingt cinq voyageurs représentants. Monsieur Plet qui demeure à Croissy décède en 1956. La société est dissoute et les locaux mis en vente, sont achetés en 1961 par l’INSTITUT FRANÇAIS DU PÉTRÔLE, qui y installe la direction géologie géochimie.
L’I.F.P. occupe déjà depuis 1946-1947, l’ancien sanatorium de Malmaison, avant propriété Cramail, place Bir Hakeim. Il a de plus acheté en 1959 le numéro 228 avenue Napoléon Bonaparte à la Duchesse de Ségovie. Dans le jardin de la rue de Marly, est construit un nouveau bâtiment. Des bureaux occupent l’ancienne maison de campagne de Nicolas Jean Baptiste Denis. Le grand salon octogonal existe toujours mais bien défiguré, l’escalier garde encore belle allure.
Il faut souhaiter que cette demeure ne soit pas un jour détruite afin d’y édifier des bureaux plus rationnels ; elle permet encore d’évoquer le souvenir de tous ses habitants et de redonner une âme et une vie à ce qui fut une des plus belles propriétés de Rueil.
Dominique HELOT-LÉCROART,
RÉFÉRENCES :
- Archives Départementales des Yvelines : D.799, Registres des Hypothèques de Versailles
- Archives Départementales des Hauts de Seine : Série E, Fonds Cramail
- Archives Municipales de Rueil-Malmaison : registres paroissiaux, registres d’Etat Civil, registres des délibérations du Conseil Municipal
- Service Historique de l’Armée de Terre, Vincennes
- « Rueil, le château de Richelieu, la Malmaison » par Jacquin et Duesberg, 1846
- Archives de l’Institut Français du Pétrole
- Renseignements sur la famille Benois, aimablement fournis par Monsieur Pierre Yves Louis ancien archiviste de l’Evêché de Versailles.
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